Ecoutez l'intégralité de l'entretien... 
... ou bien question par question :
L'Eté de Garmann est étonnant à divers titres : pour l'histoire, pour les illustrations, mais aussi pour le rapport texte/image. Ce beau récit met en scène un petit garçon, qui va avoir six ans et passe une étape : il rentre à la grande école et va apprendre à lire. Il a peur et interroge son entourage - ses parents - et une autre génération d'adultes, non pas ses grands-parents mais des personnes âgées. Pourquoi avez-vous choisi de faire intervenir non pas les grands-parents, mais de vieilles tantes ?
A cette époque, avez-vous eu un grand-père, une grand-mère ou une vieille tante pour comparer vos peurs ?
Stian Hole 
Avant d'aller plus loin, Jean-Baptiste, pouvez-vous nous dire, en tant que spécialiste de la littérature norvégienne, si L'Été de Garmann a une spécificité norvégienne ou si, au contraire, il tient une place à part dans la production actuelle.
Jean-Baptiste coursaud 
Stian Hole, j'ai été frappée par le fait que, bien que vous vous adressiez à des enfants a priori du même âge que le personnage, soit six à sept ans, le style est très travaillé. La narration adopte notamment un point de vue subjectif, celui de l'enfant. Il y a très peu de dialogues, ce qui est peu courant dans les albums destinés à ce public. L'enfant pense beaucoup, il dit des choses, mais l'enfant dit « je vais dire quelque chose ». Avoir le regard d'un enfant et pouvoir suivre la pensée de cet enfant en même temps qu'il la construit.
Cette élaboration de pensées s'accompagne aussi de toutes les sensations. Il y a un aspect très sensuel dans cet album. J'ai noté entre autres des phrases qui font se mélanger les sensations de l'été et un fait très factuel. Celle-ci m'a beaucoup plu : « Les criquets stridulent, et les trois tantes sont en visite ». Il y a beaucoup de télescopages similaires dans l'écriture, et on imagine les souvenirs qui resteront vingt ans plus tard mêleront les criquets et les tantes.
Stian Hole 

Revenons sur ces trois vieilles tantes qui voient la mort s'approcher. L'album aborde ce qui se passe après la mort, en l'occurrence ce ciel vers lequel elles vont éventuellement aller, et même la transformation du corps puisque vous parlez sans détours de sa décomposition. Mais vous ne faites aucune allusion à la façon dont on peut mourir, et donc au passage lui-même.
Leurs rides sont visibles et profondes, mais c'est quelque chose que vous mettez en avant, car Garmann aime beaucoup les caresser, glisser son doigt dans les rides et dans les creux.
Stian Hole 
Si cet album évoque la vieillesse, la mort, la peur, il est cependant très joyeux, en particulier grâce aux illustrations, qui apportent non pas un contrepoint, mais une ouverture. Jean-Baptiste indiquait plus haut qu'elles étaient faites à l'informatique. Pourriez-vous développer ses propos ?
L'image de base est-elle une photographie ? Je trouve que Garmann vous ressemble.
En parlant d'impressions, on pourrait dire qu'on est entre hyperréalisme et surréalisme. Cette définition vous convient-elle ?
Sur toutes les pages, les personnages - les vieilles tantes, l'enfant, voire les parents - regardent le lecteur droit dans les yeux. On est donc happé par l'illustration, mais pas jusqu'à la fin.
Stian Hole 
Les peurs abordées dans l'album sont celle des trois tantes qui vont mourir et parlent de leur peur de la vieillesse ; celle du père, musicien, le trac ; celle de la mère qui s'inquiète pour son enfant avant de dire qu'elle s'inquiète pour elle-même. Mais si je peux faire ma petite remarque féministe, la maman n'a pas de métier.
Vos illustrations sont extrêmement riches. Elles contiennent certainement des clins d'il à de nombreuses choses, que je n'ai pas forcément remarquées. J'ai devant moi la grande page de l'autobus où le père part donner son concert. On y reconnaît des musiciens célèbres. Y a-t-il d'autres illustrations qui seraient bourrées de références peut-être plus norvégiennes que je n'aurais pas su déceler ?
Des motifs parcourent tout l'album. Celui des dents : celles qu'on perd quand on a six ans, le dentier des vieilles tantes, et la mère qui a peur d'aller chez le dentiste.Un autre motif est celui du théâtre et de la représentation : le père joue dans un orchestre, la robe rouge de la mère qui pour moi évoque le rideau rouge du théâtre, ainsi qu'une phrase que j'ai notée : « L'été leur a offert une magnifique représentation ».
Ce n'est pas très grave puisque c'est la force de toute création littéraire que de laisser des portes et des fenêtres ouvertes.
Stian Hole
 De la tradution
Jean-Baptiste, pouvez-vous nous dire deux mots de la traduction et des difficultés que vous avez rencontrées ?
Jean-Baptiste Coursaud
|