Décembre 2007
Portrait paru dans la sélection 2007 de Livres au trésor

 

 

Les images de Michel Galvin sont empreintes d’une atmosphère souvent qualifiée d’« étrange » ou de « poétique ». L’artiste, lui, laisse dire. Ce qui le fait courir c’est l’espace qu’il a enfin trouvé dans les livres de jeunesse pour y exprimer ses questionnements existentiels.

Après un parcours artistique chaotique, il délaisse le dessin de presse (Libération, Les Inrockuptibles, Elle…), les rédactions boudant ses illustrations aux formes incertaines et difficilement lisibles. Michel Galvin veut rendre visible l’imaginaire : il représente des formes merveilleuses, malléables, en mouvement, ce qui confère parfois à ses illustrations un caractère abstrait.
Qu’à cela ne tienne, il se tourne vers l’édition, illustre des couvertures de romans pour la jeunesse et Construire un feu de Jack London aux éditions de l’Ampoule. De cette expérience, il confie regretter la maquette où l’image n’ajoute rien à une histoire qui se suffit à elle-même. Lui aurait préféré l’insert d’un court portfolio à la fin du livre. Il tâtonne, s’essaie à la bande dessinée chez Lito sous le pseudonyme de Wolfgang Placard. Le choix de ce nom n’est pas dû au hasard. Michel Galvin plaque littéralement l’art après une succession d’événements lourds de signification, dont la perte accidentelle de toutes ses toiles, confiées, et jetées par erreur.
Reprenant son véritable patronyme, il publie deux albums remarqués aux éditions du Seuil. De ses influences artistiques, il ne divulgue presque rien, sauf celle des westerns ! Dans L’Étroit Cavalier, Il reproduit les grands espaces, les terres arides et hostiles, des cow-boys ambivalents qui s’affranchissent du bien et du mal sans difficulté. Dans MatouMax, il représente un chat humanisé, tel un enfant, coiffé d’un sombrero… Pas de femme à l’horizon. « En fait, elle est partout ! » rétorque Michel Galvin, après mûre réflexion. Selon lui, les paysages minéraux, la symbolique de la terre, c’est la femme, il n’y a pas de doute. Le corps est étrange, étranger, à la fois présent et absent au monde, comme une présence fantomatique, admet-il, en évoquant le souvenir de son père mort pendant son adolescence.
L’artiste veut croire aux revenants, aux formes qui pourraient apparaître comme des signes des défunts aux vivants. Dans ses livres, « il faut chercher des formes dans l’image », telle la roche grise, dans un paysage de L’Étroit Cavalier, évoquant la baleine de Moby Dick et la quête existentielle du Capitaine Achab…

 



Retrouvez tous les entretiens parus dans les sélections de Livres au trésor depuis 1990