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| Nathalie Daladier Septembre 2002 Les
contes à l’école des loisirs Aujourd’hui la collection de contes au sein des collections Neuf et Mouche – elle n’a pas de titre particulier – compte une trentaine titres, avec, aujourd’hui, huit nouveautés par an. Quelle est votre démarche pour cette collection ? Dès le début, nous avons voulu offrir aux enfants des versions de contes établies de façon aussi scrupuleuse que pour des adultes. D’où le travail réalisé, lors d’u dépouillement d’une collecte, pour choisir des contes qui peuvent être compris, ou qui peuvent plaire à des enfants entre neuf et douze ans. Mais le travail se fait en amont ; on ne transforme pas les textes. Quand nous avons la chance d’avoir accès à une collecte de contes inédits, nous partons de la langue originelle du conte, en faisant appel à un spécialiste de la langue, Quelquefois on ne peut pas, mais c’est rare. D’autres fois, les collectes ont déjà donné lieu à édition, sous forme de thèses ou dorment dans des archives. Ensuite , comment procédez-vous pour la traduction ? Les contes sont très anciens, ils ont tous été polis par le temps. Quelle que soit leur provenance, ils ont des structures comparables - une formule d’accroche, une progression généralement linéaire, avec souvent des petites formules, pour rappeler l’attention de l’auditoire et une formule de clôture – qui sont le propre de la littérature orale. Aussi traduire en effaçant ou en adaptant ce qui est la marque même du conte serait préjudiciable. Il faut rester très proche de la langue parlée. Dans les contes kirghiz, il y a un rythme qui n’est pas le même chez les Anglais ou chez les Italiens. Chaque langue a son propre rythme, certains registres sont plus poétiques, d’autres plus argotiques, mais ils sont comme ça au départ. Ce qui est difficile, c’est de pouvoir respecter la forme du conte et sa langue originelle tout en étant agréable et compréhensible par un enfant de 2002. Qui sont les traducteurs ? Les traducteurs sont aussi auteurs, ils font la recherche et choisissent les six ou sept contes qui composent le recueil, parmi cent, deux cents ou même quatre cents contes que représente une collecte. Ils connaissent bien la langue d’origine des contes et sont capables de la restituer en français d’une belle façon, sans s’écarter de la version originale, ou en tout cas le moins possible, seulement quand c’est vraiment nécessaire. Fana la discrète, Les Contes de la Nubie, a été très apprécié, mais certains d’entre nous ont regretté d’y trouver un conte très cruel, l’histoire d’une double vengeance. Ils ont eu l’impression que ce conte gâtait l’harmonie de l’ensemble, surtout le premier conte, qui est formidable. Ces contes ont été recueillis par Ayam Sureau, au Caire, en arabe, auprès d’un conteur nubien âgé de quatre-vingts ans. Ils n’ont donc pas été traduits directement de la langue du conteur au français, mais en revanche, ils ont été transmis directement par le conteur qui les tient de sa grand-mère : c’est donc une tradition de conteur complètement intacte. Pour lui, La vengeance de Koya le chauve, incontournable pour les Nubiens, est le conte le plus représentatif de son répertoire. Il tenait à ce qu’il figure dans le recueil. En effet, la Nubie étant un désert, le problème vital des Nubiens, c’est l’eau et l’irrigation des terres. Dans ce conte de vengeance, on voit tout l’enjeu du travail des paysans qui ont besoin d’enrichir leur sol : des parures de femmes contre des excréments de vache. Ce recueil illustre bien un aspect de notre travail. Pour l’Europe, nous partons toujours de collectes écrites, jamais à partir de conteurs vivants ; en Nubie, il n’y a pas de trace écrite. Et c’est formidable quand on peut avoir directement accès à une source orale, comme c’est le cas aussi pour le Liban, avec Praline Gay-Para, ou encore pour les contes peuls. Les premiers recueils n’étaient pas illustrés, aujourd’hui, ils le sont. Pourquoi cette évolution ? On s’est aperçu que l’illustration était importante. Par exemple, dans Les Contes écossais, illustrés par Philippe Dumas, il y a des éléments propres à la culture, l’humour par exemple, qui passent essentiellement par le dessin. Les Contes landais, des contes du dix-neuvième siècle, n’ont pas du tout été adaptés et seraient peut-être trop difficiles sans les illustrations. Comme dit Philippe Dumas, l’illustrateur de contes joue le même rôle que l’accent du conteur, avec sa diction, son rythme, sa façon d’accentuer un passage. Philippe Dumas, Mette Ivers, Chen Jiang Hong, qui travaillent beaucoup dans cette collection, connaissent et aiment les contes. En lisant les textes, ils sentent les moments où il faut créer une image, apportant ainsi leur propre lecture du conte. |
Entretiens
Géraldine Alibeu - 2004
Louis Dubost (éditeur) |