Nathalie Daladier
Septembre 2002

Les contes à l’école des loisirs
En 1995, Geneviève Brisac, responsable des collections de romans à l’école des loisirs, proposait à Nathalie Daladier, anthropologue de formation, de diriger une collection de contes, afin d’offrir aux enfants des histoires courtes et denses, comme des nouvelles. Les contes lui semblent la réponse adaptée.

Aujourd’hui la collection de contes au sein des collections Neuf et Mouche – elle n’a pas de titre particulier – compte une trentaine titres, avec, aujourd’hui, huit nouveautés par an.

Quelle est votre démarche pour cette collection ?

Dès le début, nous avons voulu offrir aux enfants des versions de contes établies de façon aussi scrupuleuse que pour des adultes. D’où le travail réalisé, lors d’u dépouillement d’une collecte, pour choisir des contes qui peuvent être compris, ou qui peuvent plaire à des enfants entre neuf et douze ans. Mais le travail se fait en amont ; on ne transforme pas les textes. Quand nous avons la chance d’avoir accès à une collecte de contes inédits, nous partons de la langue originelle du conte, en faisant appel à un spécialiste de la langue, Quelquefois on ne peut pas, mais c’est rare. D’autres fois, les collectes ont déjà donné lieu à édition, sous forme de thèses ou dorment dans des archives.

Ensuite , comment procédez-vous pour la traduction ?

Les contes sont très anciens, ils ont tous été polis par le temps. Quelle que soit leur provenance, ils ont des structures comparables - une formule d’accroche, une progression généralement linéaire, avec souvent des petites formules, pour rappeler l’attention de l’auditoire et une formule de clôture – qui sont le propre de la littérature orale. Aussi traduire en effaçant ou en adaptant ce qui est la marque même du conte serait préjudiciable. Il faut rester très proche de la langue parlée. Dans les contes kirghiz, il y a un rythme qui n’est pas le même chez les Anglais ou chez les Italiens. Chaque langue a son propre rythme, certains registres sont plus poétiques, d’autres plus argotiques, mais ils sont comme ça au départ. Ce qui est difficile, c’est de pouvoir respecter la forme du conte et sa langue originelle tout en étant agréable et compréhensible par un enfant de 2002.

Qui sont les traducteurs ?

Les traducteurs sont aussi auteurs, ils font la recherche et choisissent les six ou sept contes qui composent le recueil, parmi cent, deux cents ou même quatre cents contes que représente une collecte. Ils connaissent bien la langue d’origine des contes et sont capables de la restituer en français d’une belle façon, sans s’écarter de la version originale, ou en tout cas le moins possible, seulement quand c’est vraiment nécessaire.

Fana la discrète, Les Contes de la Nubie, a été très apprécié, mais certains d’entre nous ont regretté d’y trouver un conte très cruel, l’histoire d’une double vengeance. Ils ont eu l’impression que ce conte gâtait l’harmonie de l’ensemble, surtout le premier conte, qui est formidable.

Ces contes ont été recueillis par Ayam Sureau, au Caire, en arabe, auprès d’un conteur nubien âgé de quatre-vingts ans. Ils n’ont donc pas été traduits directement de la langue du conteur au français, mais en revanche, ils ont été transmis directement par le conteur qui les tient de sa grand-mère : c’est donc une tradition de conteur complètement intacte. Pour lui, La vengeance de Koya le chauve, incontournable pour les Nubiens, est le conte le plus représentatif de son répertoire. Il tenait à ce qu’il figure dans le recueil. En effet, la Nubie étant un désert, le problème vital des Nubiens, c’est l’eau et l’irrigation des terres. Dans ce conte de vengeance, on voit tout l’enjeu du travail des paysans qui ont besoin d’enrichir leur sol : des parures de femmes contre des excréments de vache.

Ce recueil illustre bien un aspect de notre travail. Pour l’Europe, nous partons toujours de collectes écrites, jamais à partir de conteurs vivants ; en Nubie, il n’y a pas de trace écrite. Et c’est formidable quand on peut avoir directement accès à une source orale, comme c’est le cas aussi pour le Liban, avec Praline Gay-Para, ou encore pour les contes peuls.

Les premiers recueils n’étaient pas illustrés, aujourd’hui, ils le sont. Pourquoi cette évolution ?

On s’est aperçu que l’illustration était importante. Par exemple, dans Les Contes écossais, illustrés par Philippe Dumas, il y a des éléments propres à la culture, l’humour par exemple, qui passent essentiellement par le dessin. Les Contes landais, des contes du dix-neuvième siècle, n’ont pas du tout été adaptés et seraient peut-être trop difficiles sans les illustrations.

Comme dit Philippe Dumas, l’illustrateur de contes joue le même rôle que l’accent du conteur, avec sa diction, son rythme, sa façon d’accentuer un passage. Philippe Dumas, Mette Ivers, Chen Jiang Hong, qui travaillent beaucoup dans cette collection, connaissent et aiment les contes. En lisant les textes, ils sentent les moments où il faut créer une image, apportant ainsi leur propre lecture du conte.

Entretiens

Auteurs et illustrateurs

Géraldine Alibeu - 2004
Jukuta Alikavazovic - 2005
Catherine Anne - 2002
Isabelle Bonhomme - 1990
Shaïne Cassim - 2001
Jean-François Chabas - 1999
Rémi Courgeon - 2004
Katy Couprie - 1992
Kitty Crowther - 1996
Valérie Dayre - 1993
Ludovic Debeurme - 2005
Guillaume Dégé - 2005
Marie Desplechin - 2001
Philippe Dorin - 1991
Cédric Érard - 2003
Eglal Errera - 2004
Natali Fortier - 2005
Alain Gaussel - 1995
Stéphane Girel - 1997
Aurélie Grandin - 2004
Georg Hallensleben - 1999
Tormod Haugen - 2003
Anne Herbauts - 2000
Michel Honaker - 1992
Miles Hyman - 1993
Benoît Jacques - 2001
Virginie Lou - 1990
Christophe Merlin - 2001
Hubert Mingarelli - 1994
Bart Moeyaert - 2005
Charlotte Mollet - 1994
Michael Morpurgo - 1995
Moni Nilsson-Brännström - 2004
Emre Orhun - 2002
François Place - 2001
Rascal - 1994
Hélène Riff - 2005
Rémi Saillard - 1995
Rafik Schami - 1999
Carine Tardieu - 2003
Sophie Tasma - 1996
Annika Thor - 2000
Anaïs Vaugelade - 1998
Mireille Vautier - 1991

Autres interviews

Louis Dubost (éditeur)
Jean-Pierre Morel