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| Mireille Vautier Septembre 1991 Avec ses personnages tout en rondeur et le mouvement
qui gagne même les trottoirs de ses villes, toute l’illustration
de Mireille Vautier nous étonne. Des perspectives bousculées
d’Olga, Mado,
Mimi aux débordements
des contours dans Rue de la Méditerranée,
Mireille Vautier recherche toujours l’effet de surprise. Il faut
«casser l’image que le lecteur s’attend à voir»
pour lui offrir à chaque fois une découverte. À vingt-huit
ans, Mireille Vautier a déjà sa «touche» :
elle a su faire reconnaître son talent comme en témoigne
le prix qu’elle vient de recevoir à la Foire Internationale
du livre de jeunesse à Bologne… Le mouvement paraît être un élément fondamental de votre illustration. Vos perspectives sont bousculées et vos personnages ont souvent l’air en partance. Les perspectives déformées créent un monde beaucoup plus vivant. C’est un monde qui n’a vraiment rien à voir avec la réalité et c’est un monde (…) très personnel. Par ailleurs, c’est vrai, je suis attirée par le thème du voyage, des bateaux, de la mer. Je suis une grande voyageuse dans ma tête. J’ai envie de partir mais j’ai beaucoup de mal à quitter les gens, les lieux. J’ai peur aussi d’aller dans certains lieux mythiques, peur d’être déçue. L’île est-elle pour vous un lieu de prédilection ? Oui, comme la ville. L’île et la ville ont certainement des points communs. Ce sont des lieux denses d’où il est difficile de partir… Dans vos livres, les personnages sont tous ronds. Pourquoi ? (Sourire) Non, dans mes derniers livres, il y a des personnages maigres ! Je ne dessine pas des personnages gros, je recherche une certaine bonhomie, une générosité. Je trouve mes personnages beaucoup plus sympathiques de cette manière. Ils évoquent pour moi une forme de plénitude et de joie de vivre. On a l’impression que vos personnages ignorent la méchanceté. Je l’espère bien ! Pourquoi avez-vous choisi d’illustrer des livres pour enfants ? Je n’ai pas choisi. Cela s’est trouvé un peu par hasard. J’avais surtout envie de dessiner… Ce que j’aime dans les livres pour enfants, c’est le rapport texte / image, la complémentarité des deux. Pour moi, c’est très enrichissant d’illustrer les textes des autres, surtout lorsqu’ils sont d’une langue riche et imagée. Je regrette d’avoir eu à faire moi-même le texte d’Hectorle Tapir, d’autant que dans ce livre-là je ne trouve pas que le texte apporte quelque chose. Vous avez illustré Ceccatty, Bruel, Chamoiseau et Serres. Comment se passent ces collaborations ? J’ai envoyé à René
de Ceccatty mon « thème ». J’avais envie de raconter
l’histoire d’un petit garçon qui habite dans une ville
portuaire ou un village près de la mer et qui n’a jamais
vu la mer. René de Ceccatty a dit tout de suite : «Je
veux le faire parce que c’est quelque chose que j’ai vécu
dans ma petite enfance, en Tunisie». J’adore ces coïncidences.
À partir de ce moment, nous avons travaillé chacun de notre
côté avec beaucoup de liberté. Il m’a donné
carte blanche pour illustrer son texte et il a totalement accepté
mon illustration (son texte m’a entraînée vers une
illustration plus tourmentée…). Vous avez illustré trois albums de Christian Bruel pour le Sourire qui mord. Ces deux dernières années, on vous a plutôt vu chez Hatier. Reviendrez-vous au Sourire qui mord ? On me pose souvent cette question. J’ai beaucoup apprécié le travail avec Christian Bruel, c’est un novateur. J’aimerais renouveler cette expérience mais il faut qu’il y ait une demande des deux côtés. Je reste bien sûr ouverte à toute nouvelle collaboration. Parlez-nous de votre expérience dans la collection Fées et Gestes, chez Hatier. Les textes que l’on me donne sont denses. Dans un premier temps, je lis plusieurs fois ces textes puis je me documente. J’ai lu des livres sur le Grand Nord et les Antilles, j’ai regardé pas mal de photos. Et la technique pour la couleur ? La technique varie suivant les textes et les thèmes. Pour les Antilles, j’ai choisi des couleurs très vives, j’ai mélangé l’aquarelle et le pastel, le gras et la gouache pour avoir à la fois des effets de transparence et des couleurs beaucoup plus opaques. Pour la taïga, je n’ai utilisé que l’aquarelle et le contour en encre de Chine, avec des teintes beaucoup plus terreuses, plus brutes, plus proches des origines. Pour les autres illustrations, procédez-vous de la même manière ? Pour l’édition enfantine, je travaille aux encres de Chine, aux aquarelles et aux crayons de couleur le plus souvent. Le contour est fait à l’encre de Chine et pour l’intérieur, je mélange l’aquarelle et les crayons de couleur. Mais je souhaiterais mener tout cela de front, comme un peintre : réaliser les contours et la couleur simultanément. C’est ce à quoi j’aspire. Je travaille avec le même intérêt le noir et le blanc et la couleur. Ce sont deux approches complètement différentes. Avec Christian Bruel, j’ai eu l’occasion de faire des livres en noir et blanc et j’aime beaucoup cela. Je trouve qu’on n’en fait pas assez… Et sur quel format travaillez-vous ? Je préfère travailler sur format réel. Il m’est arrivé d’illustrer sur un format plus grand, réduit par la suite mais je trouve cela un peu précieux, luxueux. Dessiniez-vous quand vous étiez enfant ? Oui tout le temps. Il faut dire que j’étais stimulée par mes parents qui accrochaient de grandes feuilles blanches au mur et m’emmenaient au musée. A l’adolescence, j’ai totalement arrêté de dessiner. Je faisais surtout de la musique. Et puis vers seize ans, j’ai commencé à réfléchir sur l’avenir. J’avais commencé la musique trop tard. J’étais attirée par les langues mais je me suis rendue compte que le dessin avait occupé une grande place dans ma vie depuis très longtemps. J’étais honteuse de m’être arrêtée pendant tout ce temps. Je me suis remise à dessiner à toute allure. J’ai pris des cours du soir. Vous situez-vous dans une école d’illustrateurs ? Non, j’ai découvert les illustrateurs depuis que je fréquente le milieu de l’édition. Mes préférés sont Lionel Koechlin et Wozniak. Auparavant, je ne connaissais que des peintres. Je me sens assez isolée par rapport aux différentes écoles d’illustrateurs mais cela ne me déplaît pas. Que faites-vous hormis l’illustration de livres pour enfants ? Je travaille pour la presse enfantine, les éditions Milan (Diabolo). Je fais plusieurs choses de manière assez parsemée. J’ai collaboré à la décoration d’un spectacle puis j’ai illustré le compact-disc de ce même spectacle. J’ai réalisé aussi des affiches et même de la publicité pour des médicaments. Je tiens à ne pas me laisser enfermer dans une catégorie. Au cours de ces deux dernières années, vous avez travaillé avec des enfants de la Seine Saint-Denis. Les petits élèves d’Aubervilliers vous ont accueillie avec chaleur et intérêt… Oui ? C’était très intéressant ! Je n’ai pas l’habitude de rencontrer des enfants et j’ai trouvé ceux-là «adorables» : j’ai eu l’impression qu’ils avaient compris mes dessins ! Je les ai trouvés très ouverts, très positifs, beaucoup plus que la majorité des adultes. J’ai eu la chance aussi de rencontrer des enseignants dynamiques… Et puis j’ai mieux ressenti le fossé entre l’illustratrice et la pédagogue. On peut très bien ne pas savoir dessiner et faire très bien dessiner les autres, et réciproquement. Ce sont des évidences mais je les ai mieux comprises. Pour ma part, je me sens plus illustratrice que pédagogue. |
Entretiens
Géraldine Alibeu - 2004
Nathalie Daladier (éditrice) |