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| Rascal Septembre 1994 Le dessinateur
écrivain Les textes de vos albums sont de vrais textes littéraires, qualité rare pour un auteur d’albums. Comment avez-vous été amené à écrire ? Enfant, il n’y avait pas de livre à la maison. Pour moi, la vraie vie était dehors. Plus tard, alors que j’aimais les ouvrages pour adultes de Tomi Ungerer, je me suis procuré Les Trois brigands qui demeure pour moi un chef d’œuvre notamment au niveau de la simplicité. Sans être un lecteur assidu de livres pour enfants, je savais, inconsciemment, que j’écrirais pour eux. Aujourd’hui, j’ai plutôt l’impression d’écrire des paraboles. Je suis dessinateur de profession. À l’époque, je ne savais même pas que je savais écrire des histoires et pour mes premiers livres, j’ai dessiné. À la suite de quelques déboires je me suis aperçu que je ne savais plus dessiner. Alors je me suis mis à écrire et, en une soirée, est née ma première histoire, Toto que Pastel a accepté d’éditer. Une deuxième histoire a suivi, puis une troisième. Des histoires pour les enfants ? Je ne pense pas aux enfants quand j’écris. J’essaie de dire les choses le plus clairement, le plus simplement possible, Et si j’emploie parfois des mots compliqués, je pense que les parents, les professeurs sont là aussi pour les aider. Comment naissent vos histoires ? Je l’ignore. À mes débuts, je voulais apporter ma pierre à l’édifice avec un nouveau regard. Joyeux Noël Maître renard m’a été inspiré par un fait divers que j’ai entendu à la radio. Le journaliste disait qu’il y avait de plus en plus de renards à Londres et la population les nourrissait. Ils étaient, en quelque sorte, les nouveaux pigeons des villes. Je me suis documenté et le texte est né. Parfois c’est un rêve qui est l’origine de mes histoires ou bien mes proches comme Moun que j’ai écrit avec ma femme qui a été adoptée alors qu’elle avait huit ans. Mais la plupart du temps, ce sont les illustrateurs avec lesquels je travaille qui me soufflent les idées. Pour Escales, je me suis en partie servi de la vie du père de Joos, musicien et grand voyageur. Qui choisit vos illustrateurs ? Est-ce vous ou votre éditeur ? C’est Christine Lapp, l’éditrice de Pastel, qui m’a suggéré Claude K. Dubois pour Toto. C’est moi qui ai choisi les illustrateurs de tous mes autres livres, notamment Suzanne Strub pour Les Bigarreaux noirs, un de mes albums préférés. Ce qui m’intéresse dans la réalisation d’un livre, c’est la rencontre avec ces illustrateurs, toutes ces relations privilégiées. Ces collaborations m’ont profondément enrichi. Donnez-vous des indications à l’illustrateur ? Pour les plus petits livres, je fais le découpage moi-même. En revanche, pour mon travail avec Joos, par exemple, je procède de manière différente. Pour Le Voyage d’Oregon et Escales, je n’avais qu’une vague idée de ce que je voulais faire, je connaissais à peine l’histoire. Nous nous sommes concertés. Je lui décrivais l’image telle que je l’imaginais et Joos la dessinait. Je lui proposais des images « verbales », des références picturales et Joos dessinait… Et je me suis retrouvé avec beaucoup de dessins alors que j’avais à peine travaillé le texte. On trouve beaucoup de références, notamment cinématographiques, dans votre œuvre… Orson renvoie évidemment à Orson Welles qui était à la fois gigantesque et très élégant, comme un gros ours, avec un caractère de cochon. C’est quelqu’un qui me touche, notamment à la fin de sa vie quelque peu minable. Vous allez vous remettre au dessin ? Oui, je viens justement de terminer Le Prince des marais, un livre humoristique. Pour dessiner, j’ai besoin de calme et je n’en avais pas ces dernières années. Mais je peux écrire dans un café, en donnant le biberon à mon fils, en déménageant… Cela me demande une énergie moindre. |
Entretiens
Géraldine Alibeu - 2004
Nathalie Daladier (éditrice) |