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| Natali Fortier Septembre 2005 One woman show Avec Lili Plume, vous vous êtes lancée dans l’écriture pour la première fois, en signant texte et illustrations. Pourquoi avez-vous attendu si longtemps avant de raconter une histoire de votre invention ? Je n’osais pas. C’était impensable pour moi. Les éditeurs savent me proposer des textes que j’aime. Travailler sur de beaux textes m’a aussi permis, de façon inconsciente, d’apprendre à écrire. Travailler sur ce qui n’est pas encore un livre, mais un manuscrit, permet de mieux voir des mots qui pourraient encore bouger. L’illustrateur a envie de faire plaisir à l’écrivain mais il a aussi envie de dire ce qu’il pense. Même si je ne demanderais jamais à un écrivain de changer ses phrases, parfois, dans certains livres que j’ai illustrés, il y a des mots que j’ai eu envie de changer. Je sentais qu’avec le dessin je pouvais tordre les mots : c’est une façon de jouer avec ceux des autres. Je voulais que Lili Plume soit une histoire qui traite de choses sérieuses mais sans en avoir l’air. Nous n’arrêtons pas de perdre des choses, toute notre vie. Ce sont d’abord les mots qui sont venus ? L’image est venue d’abord, physiquement, sans personnage, comme dans un film où on aurait déjà trouvé le décor avant de connaître l’histoire. Vous variez les techniques d’illustration mais travaillez surtout au crayon. Je travaille avec des pastels gras, avec des crayons de bois. J’aime effectivement beaucoup changer de technique. Pour Les Voisins font un cirque le dimanche,(de Gérard Moncomble, Thierry Magnier, 2003) j’ai travaillé sur du bois, les crayons ont glissé plus difficilement, la souplesse n’était plus là, j’avais besoin de résistance. On dessine, on dessine et cela glisse trop, devient trop fluide et parfois les personnages manquent de caractère. Après cela, revenir aux crayons, c’était faire le grand écart : j’avais mis quelque chose en travers de ma route et tout à coup, la souplesse était revenue ! Cela m’a fait plaisir de la retrouver. Votre crayon fait plein de petits traits sur le papier. Vous semblez ne pas aimer les choses trop lisses… Je me suis souvent servi de plume sur du papier noir, la plume grave, d’où ce trait noir très fin qu’on peut voir lorsque la plume est aiguisée. Pendant longtemps, en utilisant la plume, je n’arrivais pas à dessiner les yeux de mes personnages ; or les yeux, c’est important. Quand je me suis mise au crayon, cela a été flagrant, la plume leur aurait crevé les yeux. Vos couleurs sont assourdies, jamais « flash ». Je trouve certains de mes livres « flash » ! Je ne dirais pas cela non plus de mes couleurs. Dans mon atelier je n’aime pas avoir une « bonne lumière », une lumière directe, je préfère une lumière jaunâtre ; puis je sors à la lumière du jour pour voir mes couleurs, elles sont beaucoup plus belles que dans l’atelier. Je tente cependant de rendre mon dessin le plus vif possible. Les contrastes sont nombreux dans vos livres : mise en page - pleine page ou petite feuille de croquis arrachée - , composition - gros plan ou plan d’ensemble - , pages colorées, pages remplies d’élément… C’est une question de rythme. Albin Michel a fait un très beau travail de composition sur Lili Plume puisque j’ai fait toutes mes pages dans le même cahier de croquis. Il y a eu un travail d’équipe pour créer ce rythme. |
Entretiens
Géraldine Alibeu - 2004
Nathalie Daladier (éditrice)
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