Michael Morpurgo
Septembre 1995

Ecrivain à la ferme
Michael Morpurgo vit en Angleterre. Entre la ferme où il travaille entouré d’enfants et les îles Scilly où il passe ses vacances, il écrit des romans dans lesquels la nature, la mer, les animaux, l’aventure, l’histoire tiennent une place importante. Ses livres se déroulent souvent dans des périodes de l’histoire récente (Première et Seconde Guerre mondiale, 1907…). Pour chacun d’entre eux, il se documente longuement, recueillant souvent les récits des derniers témoins de ces époques. Michael Morpurgo, parlant couramment français, a accepté de répondre à nos questions.

L’un des points communs à tous vos livres, c’est l’animal, complice de l’enfant…

J’habite une ferme en Angleterre, assez particulière, avec vaches, cochons, poulets, bien sûr, mais aussi des enfants qui viennent vivre une semaine à la campagne, avec leur professeur. Ils sont plus de mille par an. Ils travaillent comme les fermiers, pas pour jouer mais pour découvrir le travail de la ferme. C’est probablement pour cette raison que les relations entre enfants et animaux sont importantes dans mes livres.

Je crois qu’il est important pour les enfants de rester proches des animaux. S’ils ne sont pas sensibilisés lorsqu’ils sont jeunes, ils risquent de ne plus jamais retrouver ce contact. Mais je n’écris pas pour donner des idées aux enfants, seulement pour les encourager à penser, à développer leur propre sensibilité.

Les grands-parents, les personnes âgées ont également une place importante dans vos livres.

Oui, toujours. Je suis grand-père de plusieurs petits-enfants. Je suis de plus en plus certain que les gens âgés ont beaucoup à offrir. C’est mon grand-père qui m’a raconté les histoires que le sien lui avait racontées dans sa jeunesse : c’est ainsi que la culture se transmet d’une génération à l’autre, pas par les parents. Mais aujourd’hui, les grands-parents ne sont pas là, vivent éloignés. Je trouve ça très triste. Les enfants croient que les choses qui se sont déroulées il y a une cinquantaine d’années appartiennent à un passé très ancien. Or si un enfant n’a pas connaissance de son passé, ce sera très difficile pour lui de résoudre les problèmes qui se posent aujourd’hui.

Dans la plupart de vos livres, les héros sont des garçon. Le Naufrage de Zanzibar est le seul où l’héroïne est une fille. A-t-elle été difficile à imaginer ?

Très difficile. On peut imaginer, faire les recherches, ça reste difficile. Mes jeunes lectrices m’ont souvent demandé pourquoi je n’écrivais pas une histoire de fille. Et j’ai toujours répondu qu’étant un garçon je savais très bien ce que c’était. Mais une fille est difficile à imaginer. C’est plus facile d’écrire à travers les yeux d’un cheval comme dans Cheval de guerre, parce que personne ne peut vous dire que ce n’est pas comme ça. Ecrire une histoire à travers les yeux d’une femme est complètement différent, même un peu présomptueux. On sait bien que les écrivains hommes n’y réussissent pas très bien. Mais on m’a poussé et j’ai osé. C’est sûrement pour cette raison que j’ai écrit ce livre sous la forme d’un journal. Par ce moyen, je pouvais entrer plus facilement dans l’esprit d’une jeune fille. J’ai lu de nombreux journaux, comme celui d’Anne Frank. Et j’ai beaucoup parlé avec ma femme et d’autres personnes… J’ai fait énormément de recherches… !

Dans Le Naufrage de Zanzibar, contrairement à vos autres livres dans lesquels les enfants sont souvent seuls, Laura a un frère jumeau, Billy, qui compte beaucoup pour elle.

Dans mes autres livres, c’est un enfant seul contre le monde. Les enfants me l’ont souvent fait remarquer, me demandant si c’était autobiographique. En effet, j’ai eu une enfance un peu solitaire. Très jeune, il a fallu que je trouve ma place dans le monde, et ce fut très difficile. J’ai reçu des lettres de lecteurs me réclamant des livres avec des familles nombreuses, alors je l’ai fait. J’ai beaucoup osé dans ce livre…

Les remarques de vos jeunes lecteurs vous influencent-elles ?

Oui. Celles des adultes, moins, parce qu’ils jugent avec une certaine forme de dogme : « Les enfants comprennent ça. » Je connais les enfants, je travaille avec eux chaque jour de ma vie et je trouve ridicule de généraliser comme ça. Les enfants ne comprennent certainement pas tous mes livres. Mais c’est bien. Il faut lire un livre plusieurs fois. Et si chaque fois qu’on le lit, on découvre quelque chose, c’est une nouvelle richesse.

Je n’écris pas pour les enfants, j’écris pour moi, parce que le sujet me passionne. Mais quand un enfant critique un livre, il le fait avec le cœur et l’esprit. Je respecte son avis et je veux y répondre. C’est la raison pour laquelle j’écoute beaucoup les enfants.

Quels sont les livres qui ont marqué votre enfance ?

Je vais sûrement vous décevoir parce qu’enfant, j’ai très peu lu. J’étais un enfant qui aimait beaucoup le sport, qui travaillait très mal à l’école. Mon beau-père m’encourageait à lire des livres très sérieux. Il voulait que je lise Charles Dickens, Jules Verne, à sept ou huit ans. Je ne pouvais pas le faire. J’ai lu Tintin, Lucky Lucke que j’ai adorés. Le premier livre qui m’a frappé, c’est L’Ile au trésor de Robert-Louis Stevenson, qui reste mon écrivain favori. On peut lire ses histoires à dix, vingt et cinquante ans et chaque fois on entre très facilement dans l’histoire. C’est toujours mon héros.

 

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