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| Rafik Shami Septembre 1999 Rafik
Schami, le funambule en équilibre Aujourd’hui, alors qu’il ne parlait pas allemand à son arrivée en Allemagne, il compte parmi les écrivains de langue allemande les plus lus et son œuvre est traduite en vingt et une langues. Les livres de Rafik Schami s’adressent à des lecteurs de tous âges. Ils sont nourris par son expérience d’exilé en Allemagne, par son enfance syrienne et par son rôle de passeur entre deux cultures. Il puise son inspiration artistique dans la tradition orale orientale, encore très vivante dans son pays. Conteur lui-même, il a pour habitude de raconter ses histoires avant de les écrire et d’en discuter avec les auditeurs venus l’écouter. À la manière de Shéhérazade, il aime enchaîner et emboîter ses récits les uns dans les autres et faire preuve d’une fantaisie débridée peu commune en Occident. Cela ne l’empêche pas de combiner le conte à l’orientale, utilisé comme instrument de résistance, avec l’actualité la plus criante. Écrivain engagé, il ne perd jamais une occasion de dénoncer les travers des régimes autoritaires muselant la liberté d’expression. Il vit près de Marnheim, dans le Palatinat. Rafik Schami a bien voulu répondre à nos questions. Que pensez-vous du titre français Le Funambule donné à votre roman Reise zwischen Nacht und Morgen (« Voyage entre nuit et matin ») ? N’êtes-vous pas vous-même une sorte de funambule ? Dans vos livres vous semblez osciller entre Orient et Occident, entre conte et politique, entre monde des enfants et monde des adultes… Le titre français n’est pas aussi poétique que l’original mais correspond assez au contenu. « Reise zwischen Nacht und Morgen » est plus qu’une danse sur la corde. En fait, ma vie d’exilé a pas mal de points communs avec celle d’un funambule, mais elle est aussi beaucoup plus variée et pas toujours aussi palpitante ni aussi dangereuse. Comment je parviens à osciller entre ces lieux et ces thématiques ? Tout cela est en moi, et c’est pour ça que cela apparaît sous ces formes et ces couleurs. Mais ce qu’il y a de plus difficile, c’est d’écrire pour les enfants. Des livres qui divertissent de manière intelligente tout en apportant au jeune quelque chose que les adultes, même après plusieurs lectures, ne savent plus percevoir. Lire, écrire, raconter des histoires… tout comme vous les personnages du Funambule et de vos autres romans ont la passion des mots, de la langue, de la littérature, des contes. Et ils ne perdent jamais une occasion de défendre la liberté d’expression. Que pourriez-vous nous en dire ? Appartenant à une culture qui prête beaucoup d’attention aux mots et peu aux images, j’ai une tendresse particulière pour les mots. Et puis je viens d’une région soumise à la dictature ; la liberté d’expression, c’est comme la santé : on en reconnaît le prix lorsqu’on en est privé. Le travail de l’écrivain a-t-il à voir avec celui de l’artiste de cirque ? Je ne peux pas m’exprimer sur le travail des autres écrivains. Mais mon propre travail a beaucoup à voir avec celui de l’artiste de cirque, qui se prépare bien, qui s’entraîne, qui travaille dur et ensuite met ses beaux habits colorés puis fait son numéro, parfois très dangereux, en affichant un sourire décontracté. C’est comme ça que devrait être ma littérature, aller et venir avec le sourire mais en fait traiter du fond de l’âme humaine. Vos livres traduits en français sont-ils représentatifs de votre œuvre ? Pas tout à fait : j’écris beaucoup d’essais et de satires sur la situation en Allemagne, contre le racisme et pour la défense des minorités, en faveur de la réconciliation entre Arabes et Israéliens.
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Entretiens
Géraldine Alibeu - 2004
Nathalie Daladier (éditrice) |