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Les images ouvrent les mots.
Joël Pommerat a écrit et mis en scène son Petit Chaperon rouge (Actes Sud-Papier-Heyoka jeunesse), créé en 2004 par sa compagnie, la Compagnie Louis Brouillard, joué plus de deux cent fois un peut partout.
Pourquoi avez-vous choisi de travailler sur le Petit Chaperon rouge de Grimm ?
Dans les dizaines de versions qui ont précédé celle de Perrault, la bête – un loup le plus souvent - mangeait la petite fille et c’était très féroce. Certaines d’entre elles, à la dimension presque monstrueuse, n’étaient pas faites pour les enfants : quand la petite fille arrivait chez la grand-mère que le loup avait mangée, les entrailles de celle-ci étaient dans un pot, et le loup, couché dans le lit, disait à la petite fille de se faire à manger et elle mangeait donc les restes de sa grand-mère. C’est le summum de la cruauté et de l’anthropophagie.
Je voulais rendre cette cruauté tout en m’adressant à des enfants d’aujourd’hui. Je savais les les choses qui pourraient ne pas être comprises par les enfants d’un point de vue émotionnel, mais je voulais rendre compte de cette férocité présente chez Perrault parce que l’histoire se termine par la dévoration de la petite fille. Sauf qu’il y ajoute une morale « très politiquement correcte », ce qui, de mon point de vue, enlève quelque chose. Les frères Grimm ont préféré trouver une fin plus satisfaisante pour les enfants, avec l’arrivée du chasseur qui assomme le loup et lui ouvre le ventre pour en sortir la petite fille et sa grand-mère. Cette version me plait davantage, car il y a la cruauté de la dévoration que je crois importante, et la renaissance à travers le corps du loup. Ce n’est pas innocent que ce soit un homme qui vienne les délivrer, alors que jusque-là, les hommes étaient absents de cette histoire.
Sur le plateau très dénudé du théâtre, tout est focalisé sur les personnage. Pourquoi une telle mise en scène ?
Si j’ai choisi de travailler sur un conte, c’est parce que j’avais envie de raconter une histoire sous la forme d’une épopée, d’une suite d’événements et d’images, pour avoir la liberté de voyager dans des lieux différents, très vite, très rapidement. Le choix de cet espace vide au départ, c’est un peu la page blanche, le lieu vierge qui va pouvoir se peupler au fur et à mesure du temps de la pièce, de tous ces décors traversés par la petite fille et le loup. Après c’est l’imaginaire qui vient remplir le vide, et à moi d’aider le spectateur à remplir ce vide.
Le narrateur tient-il le rôle principal, à la fois conteur et fil directeur...
Si la pièce avait été dialoguée du début à la fin, les choses auraient pris plus de temps. Le narrateur est là pour faire avancer l’histoire ; à certains moments, pour les face à face entre deux personnages - la rencontre de la petite fille avec le loup par exemple - je rentre dans le dialogue. Quand le narrateur parle, il le fait à la façon d’un conteur, certes, mais il y a deux plans : celui de la narration et celui de l’image, où les personnages cités par le narrateur sont en chair et en os sur le plateau, avec un jeu qui se déroule entre cette parole et ces personnages qui vivent leur vie de personnages.
Avez-vous travaillé ce jeu comme des images ?
Bien sûr. Le fait qu’il y ait un narrateur n’implique pas que c’est seulement une histoire de mots. Le théâtre, ce sont des mots, mais aussi des images. J’attache beaucoup d’importance à ce qu’on voit, ce qu’on donne aux yeux et donc à l’imaginaire. Le Petit Chaperon rouge est un conte, la référence au livre d’images est donc essentielle. Tout le début de la pièce ressemble à un livre d’images : les mots se font entendre et les images se déroulent comme si on tournait les pages d’un livre.
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