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| Guillaume Dégé Septembre 2005 Enquête sur le cas Dégé :
déchiffrer des lettres Les abécédaires sont caractéristiques du livre pour enfants, ils en ont traversé l’histoire et sont aujourd’hui pléthore. Avant de réaliser le vôtre, en aviez-vous regardé d’autres, aviez-vous en tête des ouvrages particuliers ? J’ai effectivement regardé beaucoup d’abécédaires… mais surtout après la création d’ABC Dégé. Réaliser ce type d’ouvrages représente un exercice de style dont la contrainte me plaît. C’était amusant de faire des lettres anthropomorphes. Mes personnages semblent acrobatiques mais ils ne sont pas des acrobates. Ils en ont la sveltesse, mais pas la souplesse. Comment est né le projet de ce livre ? A l’origine ABC Dégé était uniquement un ouvrage de gravure réalisé pour la maison d’édition Sémiose et tiré à vingt-six exemplaires. J’ai voulu faire évoluer ce projet et j’en ai parlé à Coline Faure-Poirée, éditrice de Giboulées. Je lui ai expliqué que nous avions également des photos, que je voulais lier les deux abécédaires, en y ajoutant un troisième, plus classique, dans lequel il y aurait des rébus dont on ne donnerait pas les solutions. Nous avons confié le projet au graphiste de Gallimard-Giboulées, Néjib Belhadjkacem, en lui disant de se débrouiller et de l’organiser pour que cela constitue un objet intéressant, c’est à dire en trouvant un lien entre ces trois formes. Quel est votre parcours ? Avez-vous fait les Beaux-Arts ? Non, je ne voulais pas être formaté. J’ai fait langues « O » et aussi six mois de droit à la faculté d’Assas. Je suis parti en Chine à l’université de Shanghai. Je n’ai aucune formation artistique. L’illustration, c’est un coup de chance, même si je dessine depuis que je suis tout petit. En 1993, un an après la mort de mon père, j’ai fait un livre, Un artiste à monter chez soi. Je l’ai présenté au journal Le Monde, qui m’a proposé de faire de l’illustration. Avant de vous rencontrer, nous imaginions que vous aviez la même allure que vos personnages, grands, minces, chauves (ce n’est pas votre cas), droits et rigides. Cette rigidité leur fait prendre la tangente et devenir table, chaise, etc. Ils font très gens de « la haute ». Vous m’imaginiez en Néo-prussien, en quelque sorte ! Je suis sujet à des torticolis, donc toujours un peu droit. Oui, mes personnages ont des allures de la haute et ils sont pétomanes, comme ce personnage de baron, dans Les Clowns lyriques de Romain Gary, mais cela ne se voit pas dans les livres pour enfants. En fait, je ne sais pas ce que signifie un livre « pour » enfants. Les enfants peuvent être mis en présence de choses de leur quotidien mais aussi de ce qui peut les emmener ailleurs. Ils sont des machines à rêver plus efficaces que les adultes et notre rôle est de les y aider un tout petit peu. Un jour, un garçon m’a demandé de lui faire un dessin, exercice un peu ennuyeux pour moi ; j’ai fait un rhinocéros avec une queue de dragon et l’enfant a ajouté au dessin un garçon en train de monter sur la queue comme si elle était un escalier. On donne de toutes petites pistes aux enfants et ils tracent de longs chemins. |
Entretiens
Géraldine Alibeu - 2004 Nathalie Daladier (éditrice) |