Carine Tardieu
Septembre 2003

Du film au livre, du livre au film : Les Baisers des autres

A-t-il a été plus difficile ou plus facile d’écrire le livre que le scénario ?

Ni l’un ni l’autre. Les Baisers des autres était mon premier court-métrage, mais je suis scénariste pour la télévision. Pourtant, je n’ai pas maîtrisé l’écriture de ce scénario : j’ai perdu ma mère, il y a trois ans, et j’ai eu besoin d’exprimer quelque chose de cette douleur que je vivais. J’ai écrit très rapidement dix pages qui sont devenues le film. Quand deux ans plus tard, la directrice des éditions Actes Sud junior m’a proposé d’écrire un livre à partir de ce court-métrage, j’ai eu un petit doute. Je ne savais pas si j’en étais capable. Mais si l’écriture du film s’est faite dans l’émotion et la douleur, celle du livre a été paisible.

Du coup, le livre a donné une autre vie au film ?

Oui ! Un court métrage, s’il a du succès, vit au maximum deux ans dans les festivals, avec peut-être une diffusion télé – ce qui a été le cas pour mon film. Cette sortie sous forme de livre-DVD, lui assure une vie de cinq ou dix ans !

Vous préférez que les lecteurs regardent d’abord le film ?

Spontanément, je dirais que puisque le livre est né du film, autant aller dans le sens de la création. Le livre donne une ouverture différente, il va plus loin que le film.

C’est la chronique d’une adolescente mal dans sa peau, comme le sont souvent les ados…

Non seulement elle est mal dans sa peau, mais elle porte un regard sans concession sur sa vie. Ce n’est pas un journal intime écrit au jour le jour : Sandra a beaucoup de recul sur ce qu’elle vit. J’ai écrit ce livre à vingt-neuf ans, avec déjà pas mal de recul sur mon adolescence. Elle voit les choses avec un regard à la fois pertinent et douloureux. Son cynisme la rend parfois drôle, mais elle n’est pas heureuse. L’adolescence n’est pas une période facile.

Dans le film, les plans de la famille, vus à travers les yeux de Sandra, défilent à une vitesse très rapide.

Les images sont celles qui défilent dans sa tête, le fantasme de ce qu’elle vit ou de ce qu’elle a vécu. Elle exagère tout. Lorsqu’elle dit que sa mère ne supporte pas le bruit et tombe dans les pommes dès qu’elle entend un son un peu trop fort, j’ai fait tomber la mère du haut des escaliers et on entend un grand fracas de verre brisé. Ce n’est pas la réalité, mais le point de vue de Sandra qui pense qu’il est plus intéressant d’exagérer les choses, de les dramatiser car ainsi les gens finissent par s’y intéresser. On a alors l’impression d’exister pour de vrai.

Lire le livre après avoir vu le film est un vrai plaisir de lecture. La voix, le phrasé de Romane Bohringer trottent dans la tête. On retrouve des phrases qui ont marqué quand on regardait le film, mais surtout on en découvre d’autres car vous êtes allée beaucoup plus loin dans le livre, même si la couleur générale reste la même.

J’ai écrit le livre en reprenant le film séquence par séquence. De chaque séquence, j’ai fait un chapitre… En fait c’est plus compliqué, parce qu’ensuite, j’ai remanié dans le désordre. Toutes les phrases du film sont dans le livre ; mais à partir d’une phrase qui n’était qu’une toute petite séquence dans le film, j’ai parfois développé tout un chapitre, où je suis allée plus en profondeur dans les sentiments.

Pour moi, l’un ne va pas sans l’autre. L’un est né de l’autre, et je suis heureuse qu’ils existent ensemble. Les deux forment une œuvre en soi.

Quelques prix décernés pour le court-métrage :
Prix du public – Off-courts, Trouville, 2002
Prix du public, prix de la presse, grand prix du jury – Pontault-Combault, 2002
Prix du public – Sarlat, 2002
Prix de la jeune création – Villeurbanne, 2002
Prix du public – Château-Chinon, 2002

 

Entretiens

Auteurs et illustrateurs

Géraldine Alibeu - 2004
Jukuta Alikavazovic - 2005
Catherine Anne - 2002
Isabelle Bonhomme - 1990
Shaïne Cassim - 2001
Jean-François Chabas - 1999
Rémi Courgeon - 2004
Katy Couprie - 1992
Kitty Crowther - 1996
Valérie Dayre - 1993
Ludovic Debeurme - 2005
Guillaume Dégé - 2005
Marie Desplechin - 2001
Philippe Dorin - 1991
Cédric Érard - 2003
Eglal Errera - 2004
Natali Fortier - 2005
Alain Gaussel - 1995
Stéphane Girel - 1997
Aurélie Grandin - 2004
Georg Hallensleben - 1999
Tormod Haugen - 2003
Anne Herbauts - 2000
Michel Honaker - 1992
Miles Hyman - 1993
Benoît Jacques - 2001
Virginie Lou - 1990
Christophe Merlin - 2001
Hubert Mingarelli - 1994
Bart Moeyaert - 2005
Charlotte Mollet - 1994
Michael Morpurgo - 1995
Moni Nilsson-Brännström - 2004
Emre Orhun - 2002
François Place - 2001
Rascal - 1994
Hélène Riff - 2005
Rémi Saillard - 1995
Rafik Schami - 1999
Sophie Tasma - 1996
Annika Thor - 2000
Anaïs Vaugelade - 1998
Mireille Vautier - 1991

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Jean-Pierre Morel