Catherine Anne
Septembre 2002

Catherine Anne est comédienne, auteure et metteur en scène depuis 1977. C'est en 1995, alors qu'elle est en résidence au Théâtre Gérard Philippe, à Saint-Denis, dans le cadre du festival Enfantillages, qu'elle écrit et met en scène Ah là là ! quelle histoire, sa première pièce destinée aux enfants. D'autres ont suivi. Elle dirige aujoud'hui le Théâtre de l'Est Parisien, dans le vingtième arrondissement de Paris. Elle y propose, entre autres, une alternance de pièces destinées à un public adulte et de pièces accessibles depuis l'enfance, toutes écrites par des auteurs vivants. Son engagement véritable pour un théâtre de qualité à destination des enfants à incité Livres au trésor à la rencontrer. Fragments.

Quels sont vos projets en proposant des pièces pour jeune public au TEP ?

Nous voulons avoir une proposition équivalente pour le tout public, à partir de cinq-six ans, et pour le public adulte. La moitié des spectacles sont vraiment destinés à un public à partir de l'enfance, avec des pièces dont l'écriture, la mise en scène et l'interprétation sont artistiquement fortes, suffisamment fouillées pour que des adultes puissent y prendre du plaisir. Nous souhaitons faire des enfants des spectateurs de théâtre aujourd'hui et demain, mais aussi faire du TEP un lieu familial et intergénérationnel.

De quelle façon accueillez-vous le jeune public ?

De deux façons : d'abord avec des représentations scolaires, pour lesquelles les enfants sont accompagnés par leur enseignant et quelques parents d'élèves ; c'est une façon de toucher des adultes qui ne vont jamais au théâtre. Je tiens beaucoup à cet accueil scolaire, car c'est certainement le rare moment où toutes les classes sociales sont mélangées. Cela m'importe autant que le mélange des générations.
L'autre type d'accueil est individuel, avec des représentations familiales, auxquelles assite aussi un public adulte non accompagné d'enfant. Ainsi, des représentations brassent des classes sociales, d'autres brassent des classes d'âges : une façon, peut-être, de réunir des gens qui se croisent peu dans la vie quotidienne.

Dans votre écriture pour les enfants, la langue est classique et châtiée, mais aussi très contemporaine, proche du quotidien, avec des clins d'oeil aux comptines.

Le théâtre c'est aussi de la musique et de la poésie. Parce qu'ils sont dits, les mots sonnent, et donc font musique. En écrivant pour les enfants, je fais le même travail que pour les adultes, mais avec plus d'exigence et de liberté : ils sont à un moment où leur rapport aux mots est fondateur, où ils sont en train de se saisir du langage. les enfants goûtent les mots : certains leur sont étrangers et désirables, d'autres inconnus, d'autres tout juste acquis. A l'âge de l'enfance, on sait à quel point les mots sont porteurs de sens, de pouvoir, de douleur et de consolation. Je veux leur permettre de s'en saisir, de les apprivoiser, de se les approprier, de voir et de savoir qu'on peut jouer avec. Il peut y avoir des mots un peu rares ou inconnus : on a tous été bercés, en particulier avec les histoires, par des mots qu'on ne comprenait pas, des mots magiques, dont on soupçonnait ou inventait le sens, qui se dévoilait peu à peu. J'écris pour ça, pour leur offrir des mots, le plus possible.

Il y a toujours des enfants héros dans vos pièces, et souvent des enfants sans parents...

C'est là que les choses peuvent arriver... mais c'est surtout ce qui me permet de ne pas me poser la question de l'écriture pour enfants. En partant d'un héros ou une héroïne de cinq ou dix ans et en écrivant avec la même conviction que s'il était centenaire, je réveille en moi des sensations d'enfance : du coup, j'écris des histoires qui vont évidemment s'adresser aux enfants, mais sans me demander comment on écrit pour les enfants. Mais il n'y a pas seulement des enfants dans mes pièces, il y a des figures parentales. Par exemple, dans Petit, le pigeon et la pie sont des figures parentales, des figures assez cocasses d'adultes. Le pigeon est un jeune père, chargé de nombreux pigeonneaux ! Mais c'est vrai que ce sont toujours les enfants qui mènent le jeu.

Vos textes sotn édités chez Actes Sud-Papiers et à l'école des loisirs. Comment se font les choix d'éditeurs ?

Mes textes ont toujours été édités par Actes Sud. Quand j'ai écrit mon premier texte pour enfants, Actes Sud-Papier l'a édité tout naturellement : d'ailleurs la collection Théâtre à l'école des loisirs n'existait pas encore, la collection Heyoka non plus. Depuis, il y a eu un double mouvement. Un mouvement littéraire d'abord : un certain nombre reconnus dans le secteur du théâtre pour adutles - par exemple Joël Jouanneau, Olivier Py et d'autres - se sont mis à écrire pour les enfants ; d'autres ont commencé à écrire pour les enfants avant de le faire aussi pour les adultes, comme Fabrice Melquiot ou Catherine Zombon. De là, a suivi un mouvement chez des éditeurs qui ont eu envie de rendre compte de cette parole un peu particulière.
La collection Théâtre de l'école des loisirs se distingue par son indifférence à la question de la représentation. Ce n'est pas le cas d'Actes Sud-Papiers Heyoka, qui édite des pièces qui sont jouées en public. Mais Brigitte Smadja, à l'école des loisirs, m'a vraiment étonnée quand elle a décidé de publier Ah ! Annabelle et Nuit pâle au palais que je n'ai vraiment pas écrits pour les enfants. Au regard de mes textes publiés, je dirais que l'école des loisirs est plus attachée à l'aspect musical ou poétique et qu'Actes Sud s'intéresse plus à la fable. Mais c'est juste un sentiment, dû au choix de ces éditeurs quant à la publication de mes textes.

Entretiens

Auteurs et illustrateurs

Géraldine Alibeu - 2004
Jukuta Alikavazovic - 2005
Isabelle Bonhomme - 1990
Shaïne Cassim - 2001
Jean-François Chabas - 1999
Rémi Courgeon - 2004
Katy Couprie - 1992
Kitty Crowther - 1996
Valérie Dayre - 1993
Ludovic Debeurme - 2005
Guillaume Dégé - 2005
Marie Desplechin - 2001
Philippe Dorin - 1991
Cédric Érard - 2003
Eglal Errera - 2004
Natali Fortier - 2005
Alain Gaussel - 1995
Stéphane Girel - 1997
Aurélie Grandin - 2004
Georg Hallensleben - 1999
Tormod Haugen - 2003
Anne Herbauts - 2000
Michel Honaker - 1992
Miles Hyman - 1993
Benoît Jacques - 2001
Virginie Lou - 1990
Christophe Merlin - 2001
Hubert Mingarelli - 1994
Bart Moeyaert - 2005
Charlotte Mollet - 1994
Michael Morpurgo - 1995
Moni Nilsson-Brännström - 2004
Emre Orhun - 2002
François Place - 2001
Rascal - 1994
Hélène Riff - 2005
Rémi Saillard - 1995
Rafik Schami - 1999
Carine Tardieu - 2003
Sophie Tasma - 1996
Annika Thor - 2000
Anaïs Vaugelade - 1998
Mireille Vautier - 1991

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Jean-Pierre Morel