Charlotte Mollet
Septembre 1994

La comptine revisitée
Prix Sorcières 1994 pour
Loup y es-tu ?, Charlotte Mollet est une collectionneuse d’images, d’objets. Elle y puise son énergie débordante, la matière pour créer de nouvelles images avec le secret espoir d’atteindre l’essentiel. Livres au trésor vous invite au pays de la ligne droite, de l’image de synthèse et… du bout de ficelle.

La collection Pirouette aux éditions Didier présente depuis 1993 un florilège de comptines. Quels en sont les objectifs ? Comment s’est opéré le choix des chansons/textes et des techniques d’illustration ?

Les éditions Didier souhaitaient proposer aux enfants des écoles maternelles des albums avec des qualités esthétiques et un texte reconnu par le milieu enseignant. C’est ainsi qu’est né le concept d’une collection de comptines illustrées.

Les comptines sont du domaine public, font partie du patrimoine collectif. Elles permettent à l’illustrateur de pouvoir laisser libre cours à son imagination et apporter ainsi un deuxième niveau de lecture. Cela m’a autorisé une interprétation très personnelle.

De plus, les comptines, dont on ne perçoit pas forcément le sens immédiatement, se révèlent être de véritables petites aventures, à l’image des contes, abordant des thèmes pas obligatoirement anodins comme la disparition, la transformation, la mort…

Ainsi Loup y es-tu ?, dédié à une famille serbo-croate, symbolise la peur, la peur de soi, de l’autre, de la guerre. C’est un livre qui reproduit l’histoire du monde qui n’est, en réalité, qu’une éternelle histoire d’avalement de l’autre.

Dans Pirouette, Cacahouette, le nez cassé est évidemment une métaphore de la perte.

Un des objectifs de cette collection est de proposer des ouvrages pédagogiques. Ainsi dans Loup y es-tu ?, l’enfant qui apprend à lire a le sentiment de découvrir le texte par lui-même car il connaît déjà la chanson. Les vignettes en fin de pages, qui symbolisent les objets, participent à cet objectif pédagogique, en facilitant l’accès au texte - tout en l’invitant à une danse, une sarabande.

Dans Pirouette, Cacahouette… une « bande-son » induit ce rapport au rythme tout en donnant une rigueur à l’ensemble. Jouer et offrir un espace de liberté, tout en présentant une grande lisibilité, était une volonté du maquettiste Didier Gonard et de moi-même.

Multiplier les techniques d’illustration – lino gravure, découpage, collage – présidait de la même idée, en proposant de multiples entrées et en m’inspirant des arts populaires francophones, africains ou aztèques. Créer des ponts entre les cultures, donner aux enfants l’accès à des arts complexes ou simples qu’ils peuvent s’approprier… c’est aller à l’essentiel.

Cette quête de l’essentiel n’est-elle pas harassante, voire inquiétante pour un créateur ?

Non. L’important est de poursuivre un travail, assumer un héritage, comme si nous étions plusieurs à retravailler la même lettre pour en épurer une courbe, une jambe. Revisiter les comptines procède de la même intention, du même parcours. Pour exploiter cet héritage, je change de technique. Je veux être là où l’on ne m’attend pas, brouiller les pistes, travailler en écho, en ricochet. Après avoir travaillé pendant cinq ans avec des ordinateurs, je me sentais appauvrie, sèche. Il me fallait retrouver une technique plus sensuelle pour une image sensuelle ; je devais recréer une poubelle pleine de bouts de papier ; j’avais besoin de matières, d’histoires à dessiner, d’émotions et de spontanéité et le désir de rencontrer des enfants.

Vous rencontrez souvent les enfants ?

Oui, fréquemment. Ce sont de véritables cadeaux à la vie, des moments d’émotions et de partage où les compteurs sont remis à zéro. Plus de mauvais ou de bons enfants mais que des pistes d’envol pour l’imaginaire.

Les enfants voyagent en ma compagnie dans d’autres cultures, découvrent que nous ne sommes pas seuls au monde.

Entretiens

Auteurs et illustrateurs

Géraldine Alibeu - 2004
Jukuta Alikavazovic - 2005
Catherine Anne - 2002
Isabelle Bonhomme - 1990
Shaïne Cassim - 2001
Jean-François Chabas - 1999
Rémi Courgeon - 2004
Katy Couprie - 1992
Kitty Crowther - 1996
Valérie Dayre - 1993
Ludovic Debeurme - 2005
Guillaume Dégé - 2005
Marie Desplechin - 2001
Philippe Dorin - 1991
Cédric Érard - 2003
Natali Fortier - 2005
Alain Gaussel - 1995
Stéphane Girel - 1997
Aurélie Grandin - 2004
Georg Hallensleben - 1999
Tormod Haugen - 2003
Anne Herbauts - 2000
Michel Honaker - 1992
Miles Hyman - 1993
Benoît Jacques - 2001
Virginie Lou - 1990
Christophe Merlin - 2001
Hubert Mingarelli - 1994
Bart Moeyaert - 2005
Charlotte Mollet - 1994
Michael Morpurgo - 1995
Moni Nilsson-Brännström - 2004
Emre Orhun - 2002
François Place - 2001
Rascal - 1994
Hélène Riff - 2005
Rémi Saillard - 1995
Rafik Schami - 1999
Carine Tardieu - 2003
Sophie Tasma - 1996
Annika Thor - 2000
Anaïs Vaugelade - 1998
Mireille Vautier - 1991

Autres interviews

Nathalie Daladier (éditrice)
Louis Dubost (éditeur)
Jean-Pierre Morel