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| Bart Moeyaert Septembre 2005 Huis clos Pourquoi a-t-il fallu attendre aussi longtemps pour que des éditeurs français publient vos romans ? Je ne sais pas. Peut-être parce que mes livres sont souvent qualifiés de difficiles, car l’histoire n’est pas toujours évidente : ils demandent à savoir parfois lire entre les lignes. Dans le paysage actuel de l’édition jeunesse, ce n’est peut-être pas si courant. Mais au bout du compte, il y a toujours, finalement, un éditeur pour croire en mon travail. Même si dans les pays du nord de l’Europe mes ouvrages ont rapidement reçu un très bon accueil, en Italie, en France ou en Espagne, cela a pris plus de temps. Vos romans se situent souvent à la lisière de l’enfance et de l’adolescence. D’ailleurs, dans certains pays, ils sont publiés dans des collections pour adultes. Les personnages principaux d’À mains nues sont deux enfants de dix ans, et on m’a reproché la difficulté à définir à quel public s’adresse l’ouvrage : est-ce un livre pour adultes ou pour adolescents ? comment des jeunes pourraient-ils s’intéresser à l’histoire d’enfants de dix ans ? Je considère chaque livre comme un retour à l’enfance, à cet état de recherche, à ce temps où il est possible de faire des erreurs, alors qu’à l’âge adulte, on « doit » savoir. Je trouve les questionnements de l’enfance plus intéressants, pour tout le monde. C’est pourquoi on peut lire mes histoires à tous les âges. Je ne veux donc pas dire « pour qui » j’écris et qui peut ou ne peut pas lire mes livres. Dans Nid de guêpes, comme dans C’est l’amour que nous ne comprenons pas, vous donnez la parole à une fille. Je ne pose pas comme un préalable l’identité du narrateur, garçon ou fille : le personnage est là. C’est une autre forme d’exigence vis-à-vis du lecteur qui doit découvrir lui-même des pistes de lecture. Opérer ces « choix », c’est aussi une façon pour le lecteur de mieux se connaître. Votre écriture est très visuelle, avec des détails qui font surgir des images. Cela est dû à ma façon d’écrire : je vois une image, en mouvement, et je sais qu’elle sera le début du livre ; je vois les personnages agir et c’est cela que je veux transmettre. Je veux ressentir ce qu’ils ressentent parce que dans la vie l’atmosphère et le temps agissent sur nous. Vous situez vos romans dans des lieux, des villages coupés du monde, où la nature, le sol ont une grande importance. Je ne sais pas s’il s’agit d’un lieu déterminé et choisi, cela pourrait se passer n’importe où ; l’important, c’est que ce soit un monde clos, un monde replié sur lui-même, en autarcie, et dans lequel on « doit » vivre, sans télévision, radio ou téléphone portable. Cela va de soi, je n’en veux pas. Ce n’est peut-être pas le monde tel qu’il est aujourd’hui mais peu importe puisque ce que je montre n’a pas à voir avec des choses de l’extérieur mais avec des choses de l’intérieur qui de fait, sont atemporelles. |
Entretiens
Géraldine Alibeu - 2004
Nathalie Daladier (éditrice) |