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| Isabelle Bonhomme Septembre 1990 Le
plaisir de l’illustration retrouvé Isabelle Bonhomme, nous sommes heureux de vous rencontrer aujourd’hui pour évoquer votre travail d’illustratrice. Les yeux et le regard ont attiré les enfants, les hypnotisant même : pourquoi ces yeux si captivants dans Lola et les loups ? Je tenais à ne pas évoquer dans cet ouvrage trop de choses, car je pense que tout peut passer dans un regard : l’inquiétude, la joie. Pour cet ouvrage, j’ai travaillé à partir de photographies. En fait, j’ai raconté l’histoire à ma petite nièce, en lui disant par exemple « Tu entends les loups… » et, à partir de mes indications, elle a pris des attitudes surprenantes qui ont été la base de mon travail. Le plus souvent, je travaille à partir d’une documentation. Mais le travail de l’œil me passionne. Le regard de Lola était pour les enfants comme un écho au texte et à leur propre angoisse, ils se sentaient troublés, proches de cette petite fille. L’ambiance est un « élément moteu r» de votre illustration, plus particulièrement la lumière. La Marionnette en est un exemple très fort. Oui, lors de la première lecture du texte de Josette Gontier, j’ai pensé à Georges de la Tour, je ne voyais cela que sous cette lumière. Il y avait, d’un côté le froid, la fumée, l’évocation de la rue brumeuse et tout ce qui se passait sous terre, dans cette cave avec un éclairage à la bougie, donnant ces tons orangés. En fait, deux lumières opposées c’était cela l’ambiance du livre et c’est comme cela que j’ai conçu mon illustration. Vous utilisez assez souvent dans votre technique les contrastes, découpant les personnages à la manière d’ombres chinoises, comme des silhouettes. Pourquoi ? En fait, il s’agit là d’une technique assez connue, qui permet d’évoquer la lumière qui tombe, l’atmosphère un peu inquiétante ou bien d’autres ambiances. C’est une technique peut-être simplificatrice avec laquelle on peut tout imaginer, pour moi c’est une image de transition par rapport à d’autres où je vais travailler le détail d’un visage, d’un vêtement,… Là, je passe à autre chose, en m’excluant de cette recherche du détail je ne fais qu’évoquer, comme si nous posions un temps d’arrêt sur l’action, histoire de reprendre son souffle avant de continuer. Et puis, peut-être c’est aussi par facilité, il faut souvent être rapide dans ce métier, je fais en moyenne une image par jour, il me faut donc une variété d’illustrations pour évoquer une variété de situations. Cette diversité, on me la demande et dès le départ, quand je travaille sur la maquette du livre, je sais que, là je dessinerai une silhouette qui passe car cela en dit assez long sur le passage, et là un gros plan plus détaillé. J’aime jouer sur les contraires. Parlons un peu de votre technique. Comment travaillez-vous, avec quoi, sur quels formats ? Je travaille avec des encres de couleurs « écolines » et des crayons de couleurs affûtés très fins. Je passe un temps fou à aiguiser mes crayons. J’accentue les contrastes, travaille avec mon œil sur des formats réels, mais rêve de m’échapper de ce carcan. Je suis une frustrée du grand format et j’ai bien l’intention de changer pour offrir à mes « micro-tableaux » un autre souffle, une autre dimension. Pour la maquette, j’apporte le plus souvent un projet très défini, avec des évocations très précises. Puis après je travaille le plus souvent une image par jour, en y passant dix à douze heures. C’est vrai… je travaille vite pour une technique lente. Pourquoi ce choix du «petit format» ? En fait, c’est l’occasion qui fait le larron, comme on dit. Il y a eu une douce évolution qui est le fruit de rencontres. J’ai d’abord travaillé sur des albums pour les plus petits, puis chez Hachette on m’a proposé autre chose : L’Éléphant fidèle, Lola et les loups, La Marionnette et, petit à petit, grâce aussi à mon travail chez Casterman, j’ai atteint mon objectif : l’album pour les plus grands avec, chez Grasset, Marco, le lion qui vole. Vous semblez avoir besoin d’un texte pour nourrir votre travail d’illustratrice ? Tout à fait. J’ai besoin d’être « portée » par un texte qui me propose des atmosphères différentes. La montagne et les loups, Lyon et la brume, Venise et la pierre, les lagons, le sable, etc. Les textes me permettent de découvrir des ambiances variées, opposées, et c’est cela qui alimente mon travail. Mes images sont une invitation au voyage, en m’éloignant d’une vie qui manque un peu de surprise j’offre au lecteur un peu d’oxygène et propose un plus au simple texte, comme une troisième dimension, un au-delà, un autre chemin dont je ne maîtriserais rien, en fait un autre voyage, peut-être celui de l’imaginaire… J’aime pousser à l’extrême certaines situations : Lola et les loups, par exemple, aurait pu être illustré différemment avec dans le dessin un peu d’humour, histoire de dire à l’enfant « Il ne s’agit là justement que d’une histoire ». Je pense qu’il ne faut pas se moquer des enfants. Il faut leur offrir une variété de représentations, peut-être que je me trompe, il y a sûrement du superflu dans tout cela. Plusieurs fois lors de notre entretien, vous avez parlé de superflu, de détail, alors qu’il y a souvent dans vos ouvrages des gros plans, et donc nécessité de proposer aux lecteurs un dessin précis. Les enfants sont sensibles aux «messages» des auteurs et des illustrateurs. Les ouvrages que vous avez illustrés chez Hachette réconcilient le texte et l’illustration pour ne former qu’un, ce qui est rare et beau, car trop souvent on abandonne son enfance en perdant l’image. Il y a dans votre travail cette idée de retrouver du plaisir en lisant un livre et en le regardant. Merci, mais je vous l’ai déjà dit mes illustrations sont une invitation au voyage. J’ai sous le coude actuellement deux textes qui ne m’invitent pas à un voyage. Maintenant, je sais ce que je veux, je choisirai de beaux textes, dans un beau format, je vais prendre le temps de proposer de belles choses et peut-être travailler pour moi à partir d’un thème, proposer une série d’images comme je l’ai fait lors de mon séjour à New York, où j’ai pris la Statue de la Liberté comme fil conducteur d’une série d’illustrations.
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