Georg Hallensleben
Septembre 1999

En douceur sur la piste des couleurs
Baboon, le premier album illustré par Georg Hallensleben a paru en 1994 et a été suivi de nombreux autres. De tous ses livres, il se dégage le même charme, la même tendresse, avec des images pleine page à la peinture épaisse, colorée, souvent en camaieux de couleurs lumineuses, D’origine allemande, Georg Hallensleben a vécu plusieurs années à Rome avant de s’installer à Paris. Rencontre au cœur de l’automne.

Dans tous vos livres, vos images, réalisées à la peinture, ont un aspect très soyeux, avec beaucoup de nuances. Vous devez passer des heures à peindre…

Quand j’ai débuté, pour mon premier livre Baboon, je passais des semaines à recommencer les mêmes images. C’était à Rome et je ne faisais que ça, du matin au soir, des nuits entières et finalement je remettais quelquefois à l’éditeur plusieurs images pour la même page, je n’arrivais pas à choisir. Bref, c’était mon premier livre.

À quel moment décidez-vous alors que c’est terminé, que vous pouvez poser les pinceaux ?

Je ne sais pas, à un certain moment on a l’impression que c’est fini. Et en général, j’aime bien laisser choisir d’autres gens, c’est évident que leur regard est plus objectif. Depuis que je connais Anne, ma femme, c’est surtout à elle que je demande ; elle est terriblement critique, ce qui me rassure. Après, techniquement parlant, maintenant que je travaille à l’huile, il y a des problèmes de séchage, je ne peux plus travailler jusqu’à la dernière minute, mais en revanche, on peut repasser sans problème sur le même dessin. Avant je travaillais à la gouache et à l’aquarelle : à un moment, je devais tout recommencer parce que ça devenait trop lourd…

Mais la première idée n’est-elle pas la meilleure ?

Beaucoup pensent ça de leur travail et ils ont peut-être raison. Dans mon cas, je préfère toujours la deuxième version à la première, et si j’ai le temps, j’aime bien faire des variations sur une composition établie.

Il y a tout votre travail autour des camaieux. Pour faire un bleu, il y aura dix, quinze, vingt bleus différents.

Je mélange mes couleurs à partir de peu de couleurs de base, juste dix, blanc compris. Je prends ça, même, un peu comme un défi ; je vois ça un peu comme si je créais des accords en utilisant des notes de base, et je m’amuse plus comme ça.

Voir vos images donne envie de découvrir les originaux. Est-ce que vous êtes déçu par le travail d’impression ?

Je trouve qu’en général, c’est bien rendu. Quand je regarde les originaux de Baboon maintenant, ils me semblent impossibles à reproduire. Ils sont faits à la gouache, dans des tonalités assez éteintes. Mais je crois que mes originaux plus récents sont quand même plus faciles à reproduire. Après, en parlant aux graveurs, on apprend à éviter certains problèmes. Dans mon cas, ça peut, par exemple, être les brillances, le relief de la peinture à l’huile, etc.

Vous n’avez jamais illustré de livres pour les plus grands, des classiques par exemple ?

Je ne suis pas sûr que j’aimerais ça. Quand j’étais petit, j’adorais les albums ; plus grand, je n’aimais pas trop qu’il y ait des illustrations dans les livres. Par exemple, je voulais imaginer moi-même les images de Moby Dick. Ou peut-être, c’est plutôt que je n’aime pas trop les illustrations en vignette à côté d’un texte.

Dans vos images, qui ne sont jamais statiques, vous multipliez les angles de vue : des portraits en gros plans, des plans en plongée ou contre-plongée, en particulier dans Araignée, petite araignée. On est étonné à chaque page que l’on tourne.

Cela me fait plaisir que vous disiez cela. J’aime bien les différents points de vue, j’aime que cela puisse donner un peu l’effet d’un film quand on tourne les pages, que ça raconte l’histoire avec les images.

Comment travaillez-vous avec Kate Banks, qui est américaine ?

On s’est connus à Rome où on habitait tous les deux. On revoyait texte et images ensemble, souvent dans le très joli parc de Villa Ada où elle allait promener son fils. J’arrivais par exemple avec quatre versions différentes du singe pour Baboon et on choisissait ensemble. Maintenant qu’elle habite à Monaco et moi à Paris, ça se passe par téléphone et par fax, et c’est un peu plus difficile et surtout moins agréable. Mais je trouve que c’est toujours très important de travailler ensemble sur texte et images, pour éviter les redondances. Par exemple, si dans le texte, elle parle de chaise bleue, je vais peindre une chaise bleue mais elle va retirer les mots du texte. En fait, Kate Banks dit beaucoup de choses en très peu de mots et il y a toujours une belle atmosphère dans ses textes.

57 entretiens depuis 1990