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| Philippe Dorin Septembre 1991 Philippe Dorin est acteur et écrivain. Ses textes de fiction ou de théâtre – encore peu nombreux – s’adressent aux enfants et aux adultes et les invites à plonger dans l’émerveillement de l’enfance. Son livre Cœur de pierre paru dans la collection Souris Noire aux éditions Syros nous a donné l’envie d’en savoir un peu plus sur l’auteur. Pourquoi ce livre ? J’avais envie d’écrire l’histoire de cette pierre, l’histoire de Robinson ; l’histoire de quelqu’un qui a été rejeté par le monde et qui se venge de très loin, qui, par rage, prend une pierre sur l’île et la jette très loin. J’avais envie d’écrire une histoire dans laquelle l’objet le plus horrible peut devenir l’objet le plus merveilleux. Sur ce thème, j’ai greffé l’intrigue policière. Pourquoi avez-vous choisi de faire de l’arme du crime le narrateur de cette histoire ? C’est un point de vue original. L’arme du crime est l’élément le plus abominable d’une histoire policière, mais comme, ici, c’est elle qui raconte, le lecteur doit tomber amoureux d’elle, doit vouloir qu’elle s’en sorte. Ce qui m’importe, c’est d’essayer de trouver une logique : cet objet veut raconter une histoire, il veut exister vraiment. Alors, il va vivre les choses les pires comme les plus merveilleuses. Toutes mes histoires sont construites sur cette logique-là, comme dans les contes : la morale représente une délivrance. On est passé par le mal et le mal débouche sur le bien. Et le bien est un instant de bonheur qui n’existe que s’il est la prémisse d’un nouveau malheur. Et ça, c’est la délivrance. Cœur de pierre a sa logique comme n’importe quel conte. Vos livres s’adressent aux enfants et aux adultes. Vous posez-vous, à un moment ou à un autre, la question du jeune lecteur, de sa compréhension ? Quand j’écris, je ne pense pas du tout aux enfants. J’essaie d’écrire une histoire, la plus simple possible. Pour les petits, il faut que l’histoire soit encore plus simple et qu’en même temps elle apporte un point de vue personnel sur quelque chose, qu’elle soit de la littérature… C’est la seule chose qui me guide : être le moins fantaisiste possible ; je veux suggérer un monde complètement imaginaire, mais tangible. Que représente pour vous le fait d’écrire pour les enfants ? Pour écrire pour les enfants il ne faut pas les connaître. Ce qu’on écrit aujourd’hui pour les enfants est trop bien fait pour eux, par des gens qui les connaissent trop bien, sur les plans psychologiques, pédagogique. Mis à part quelques grands textes, cette littérature n’est pas de la littérature, parce qu’il n’y a pas moyen de s’en échapper. Quand on écrit pour les enfants, il ne faut pas que ce soit gagné d’avance. J’ai une nostalgie énorme de l’enfance qui est un monde privilégié, celui de l’émerveillement. Quand on est enfant, on veut grandir vite et comprendre le monde. Et je crois que lorsqu’on est devenu adulte, on veut revenir dans le cocon, revenir dans le ventre. C’est pour ça qu’on écrit. Depuis le premier livre, notez-vous une progression dans votre travail d’écriture ? Il y a des certitudes de plus en plus grandes au fur et à mesure qu’on écrit et donc un doute de plus en plus grand sur la nécessité de faire ça. Dans ma vie j’aurais aimé avoir écrit une histoire qui soit proche de celle du Petit Chaperon Rouge ou du Petit Poucet, c’est à dire avoir écrit un vrai conte. Parce que ce sont les plus beaux textes de la littérature. Quelles sont les questions que vous posent les enfants sur vos livres ? Comme je vous l’ai dit, je ne cherche pas à rencontrer des enfants, parce que je pense que ce gendre de rencontres ne mène à rien. Je le fais seulement à l’occasion d’un travail avec les enseignants. Je préfère avoir une relation d’écrivain avec les enfants. Je fais beaucoup de correspondance, à partir de mes livres ou d’histoires que j’ai écrites spécialement pour une classe ou un groupe d’enfants. Plutôt que de se rencontrer, on s’écrit, on se fait des cadeaux, on s’invente des histoires à travers l’écriture. Et le rêve peut continuer. Moi je m’y retrouve en tant qu’écrivain et les enfants en tant que lecteurs. Après, la curiosité est immense donc on se rencontre Ainsi, à la fin de l’année dernière, j’avais dit à un groupe d’enfants que j’étais d’accord pour les rencontrer : on allait se donner une demi-heure pour se voir, dans un lieu un peu magique. Il se trouve qu’à Strasbourg il y a un lieu que j’aime beaucoup, complètement hors du temps, un cloître très peu connu ? Ces enfants, de huit-neuf ans, de la banlieue de Strasbourg, n’étaient jamais venus au centre ville. La magie du lieu a joué et nous avons vécu une demi-heure de rêve. Rêve, magie… Dans les illustrations de vos livres réalisées par Anne Tonnac, on retrouve un lien magique entre le texte et l’illustration. Est-ce que vous travaillez ensemble ? Je n’ai pas de point de vue sur l’image. Ce que je demande, c’est qu’elle m’étonne et me renvoie des choses de l’histoire que je n’avais pas vues, qu’elle soit le moins possible redondante. Anne y réussit parfaitement. Vous écrivez aussi pour le théâtre. Je me sens moins à l’aise dans l’écriture théâtrale. Je le fais parce que je suis en relation avec un théâtre national pour la jeunesse qui m’a commandé des textes. Au théâtre, je conserve la structure du conte avec des personnages qui racontent l’histoire et suggèrent un univers. Dans Villa Esseling Monde, tous les personnages de la villa suggèrent la villa. Quand la pièce a été montée, cela ne s’est pas bien passé parce que la mise en scène faisait double emploi avec le monde évoqué. La villa était représentée, et perdait de sa force par rapport à une évocation purement textuelle : ce que le spectateur peut imaginer est souvent beaucoup plus fort que ce qu’on peut lui montrer. Quels sont les livres qui vous ont marqué dans votre enfance ? La chèvre de Monsieur Seguin. Le plus beau passage, c’est lorsqu’elle est là-haut sur la montagne, qu’elle voit la maison toute petite et qu’elle dit : « Comment j’ai fait pour tenir là-dedans ? » Je trouve très beaux Le Petit Chaperon Rouge et Le Petit Poucet, ce sont deux contes merveilleux. Si je devais emporter quelque chose sur une île déserte, ce serait ces deux livres. |
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