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Voici quelques livres qui ont enthousiasmé les participants du comité de lecture de Livres au trésor en mai et en juin 2010.
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A quoi ça sert ?
Texte et illustrations de Conce Codina - Quiquandquoi, 2010
16 €
« A quoi ça sert le nez, la bouche, la langue, les dents, les oreilles, les yeux, la tête ? » Dès la couverture, le livre incite le lecteur à utiliser ses sens - la vue et le toucher - pour lire et toucher le titre et le nom de l'auteur imprimés en transparence et en relief.
Dans ce recueil de cartes postales du début du vingtième siècle (représentant des visages qui miment des expressions, que les gens s'envoyaient pour indiquer leur humeur du jour), imagier des expressions et des états d'âme, ou plutôt « grimacier » comme l'annonce la quatrième de couverture, chaque image est associée à une action, par exemple sourire. Au lecteur de relier cette action à une partie du visage, ou à la tête entière. Il se rend compte ainsi qu'une action banale est parfois plus riche ou complexe qu'on croit... (un sourire implique la bouche mais aussi les dents, les yeux...).
Cet album est un vrai régal avec les tout-petits, qui jouent à imiter les expressions et savourent les verbes employés. Il propose beaucoup plus que de répondre à cette question, c'est un jeu sur les mots,les images et le corps.
Conce Codina est aussi vidéaste, en particulier pour la chaîne Arte. |
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Le Thé des nuages
Mal Peet, Mal et Elspeth Graham, illustrations de Juan Wijngaard
Tourbillon, 2010 – 11,95 €
L'histoire de la jeune Tashi est inspirée de plusieurs contes himalayens sur les cueilleurs de thé.
Comme les illustrations, à la fois très réalistes et parfois presque naïves par les choix de couleurs, ce récit s'adresse à la fois à de très jeunes lecteurs de par sa simplicité, et à des lecteurs plus confirmés par son sens du détail et sa lenteur. Les illustrations de Juan Wijngaard, très soignées, en noir et blanc ou en couleurs, s'insèrent pour certaines dans des cadres comme autant de fenêtres ouvertes sur l'univers de la fillette, d'autres librement sur la page. Les crayonnés minutieux traduisent particulièrement bien les expressions des visages, parfois de façon comique.
Site de Juan Wijngaard : http://juanwijngaard.com
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Noires
Anne Bertier - MeMo, 2010 – 25 €
Dans ce nouvel abécédaire, après Blanches Anne Bertier a composé des lettres noires sur fond blanc. Reconnaître les lettres n'est pas toujours aisé, mais peu importe, car même quand le lecteur reconnaît seulement des triangles là où il devrait voir un A, c'est un bonheur pour les yeux et un jeu de chercher la lettre, en noir sur blanc ou blanc sur noir, la forme géométrique en haut à gauche, ou en bas à droite... Certaines formes sont simples, d'autres bien plus surprenantes. On verra ainsi un filet de pêcheur (ou un carrelage irrégulier), des ronds reliés entre eux (ou des colliers de perles), des flèches (ou des panneaux de signalisation), des dents de loup (ou de requin, ou un piège à ours, ou…), un labyrinthe, un soleil (ou une boule d'épingle, un oursin), un grillage... Ensuite, on peut recommencer pour y voir encore autre chose. Et le compléter avec Blanches bien sûr. |
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Les cerveaux lents des cerfs-volants
Texte et illustrations de Renaud Perrin - Thierry Magnier, 2010
Cet album est un hommage réussi à Raymond Roussel, précurseur de l'OuLiPo au tout début dix-neuvième siècle, qui devient d'ailleurs le personnage central du livre, homme élégant avec son couvre-chef à la blancheur immaculée.
Le texte est une ribambelle de phrases homophones (elles se prononcent de la même façon mais s'écrivent différemment), fonctionnant par paire.
Les images, presque toutes sur fond noir, aux couleurs automnales et éteintes, illustrent des propos plutôt surréalistes dans une tonalité sérieuse prenant le texte au pied de la lettre. Du tout se dégage une délicieuse fantaisie un peu surannée. |
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Bouche cousue
Texte de François David, illustrations de Henri Galeron
Motus, coll. Pommes Pirages Papillons, 2010 – 10 €
Ce recueil de poèmes, d'anagrammes, de jeux visuels et textuels fait admirer la beauté du silence. Les non-dits ou les "trop dits", les différents bruits, les situations ou le silence est de mise, tout est dit dans cet ouvrage. Les illustrations à la plume, en noir et blanc, soulignent avec humour les poèmes. |
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Contes du Japon
Texte de Mayumi Watanabe, illustrations d'Eric Puybaret
Traduit du japonais - Le Jasmin, coll. d'Orient et d'Occident, 2010 – 12,20 €
Dix-sept contes souvent courts s'adressent aux enfants, certains peuvant leur être lus dès sept ans. A côté du bien connu Mariage de la souris ou du conte du Vieil homme qui faisait pousser des fleurs familier aussi, on peut découvrir l'histoire d'un blaireau qui pour aider un vieil homme se transforme en bouilloire en or, ou tout aussi drôle celle de la prière de la souris, prière inventée par un moine novice dont les paroles n'ont rien de sacré, mais qui, récitée chaque soir par une pauvre veuve, se révèlera très salutaire. Parmi la palette des sentiments repris souvent, la reconnaissance est particulièrement mise à l'honneur. C'est ainsi qu'un renard offre un capuchon magique permettant de comprendre le langage des animaux au paysan généreux qui a sauvé son fils, ou dans le conte des Six statues de Jizô , un vieil homme reçoit de quoi fêter le nouvel an après avoir pris soin de six statues représentant Jizô, celui qui soulage le peuple de ses peines et de ses souffrances. Le recueil s'ouvre sur un conte merveilleux, il se referme sur un conte étiologique qui explique la naissance de la Voie lactée.
Cet ouvrage des éditions du Jasmin rappelle par la qualité de son papier, de l'impression, de la mise en page, des illustrations, la célèbre collection des Contes et légendes de tous les pays chez Nathan, à sa meilleure époque. Avec des textes plus accessibles, alors bravo ! |
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Le World Shaker
Richard Harland, traduit de l'anglais par Valérie Le Plouhinec
Hélium, 2010 – 14,90 €
Colbert, jeune aristocrate, vit sur le World Shaker, gigantesque navire qui parcourt le monde. Il apprend qu'à sa majorité il succédera à son grand-père, commandant du vaisseau qui ne doit des comptes qu'à la reine, Victoria III, qui lui fait toute confiance. Il est très heureux d'être prochainement le maître à bord mais tout va basculer quand il va rencontrer Riff et découvrir l'imposture sur laquelle repose son univers douillet : le luxe qu'il connaît n'est possible que par la réduction en esclavage de la majeure partie des personnes vivant sur le vaisseau.Ce roman initiatique, au rythme haletant et non dénué d'humour, repose sur la rencontre improbable entre deux adolescents que tout oppose : une jeune fille sans famille éprise d'idéal politique et de justice sociale et un garçon éduqué dans un cocon, rempli d'a priori, sans aucune conscience du monde qui l'entoure car élevé dans le mensonge. C'est aussi, bien sûr, une critique de notre monde dominé par le pouvoir et l'argent. |
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Les Willoughby
abominablement écrite et ignominieusement illustré par l'auteur Lois Lowry, traduit de l'américain par Francis Kerline
L'école des loisirs, coll. Neuf, 2010 – 208 pages – 10,50 €
Sacrée famille, ces Willoughby ! Le grand frère Tim commande et distribue des points à la volée, les jumeaux A et B doivent se partager le même pull un jour sur deux. Quant à Jane, elle est la petite soeur qui pleure facilement. Ne parlons pas des parents qui ont décidé de mettre la maison en vente pendant leur croisière, laissant leurs enfants décidément gênants entre les mains d'une nounou revêche et tendre comme Mary Poppins.Ce roman renoue avec les grands thèmes de la littérature classique enfantine, notamment les orphelins et les enfants abandonnés. Les Willoughby n'ont que les héros de ces grands classiques anglo-saxons à la bouche : on passe de Huckleberry Finn à Jane Eyre, sans oublier Pollyanna, les quatre filles du Dr March, etc. L'auteur a intégré dans son histoire farfelue toutes les grandes références littéraires, dûment répertoriées dans une bibliographie en fin de livre... De multiples clins d'oeil au lecteur sous forme d'apartés, un glossaire humoristique en fin de volume, un ton délicieusement caustique, le tout pimenté d'une haute loufoquerie : voici un livre immensément réjouissant, dont la lecture à haute voix est un pur délice. |
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Les trois premières notes
Siobhan Parkinson, traduit de l'irlandais par Dominique Kubler
L'école des loisirs, coll. Neuf, 2010 – 238 pages – 11 €
Mags, la très attachante narratrice, dès un "faux" premier chapitre fort drôle, précise la chose à son lecteur : le récit qui vient, c'est elle qui l'a écrit, pour s'entraîner car elle veut devenir écrivain... Elle donne donc quelques conseils et explique combien elle a travaillé dur pour captiver le lecteur... Ainsi, si elle est la principale narratrice, elle "laisse" quelques chapitres à l'autre protagoniste, Gilian, tout en précisant bien que c'est elle, Mags, qui a essayé de recréer la voix de Gilian dans ces chapitres... Quitte parfois à l'interrompre ! Mais le lecteur ne s'y perd pas, et savoure la prouesse de Mags l'écrivaine en herbe tout en suivant l'histoire des deux amies.Mags fait la connaissance de Gilian et veut l'aider à trouver les cent euros dont elle a besoin pour aller passer son audition de violon en Angleterre. Mags a perdu son père l'année précédente, Gilian a des parents séparés et pour le moins défaillants, et l'amitié n'est pas un long fleuve tranquille...
Ce roman plaisant, drôle et émouvant, aborde de manière subtile des questions profondes. L'écriture est vive, le ton très juste. |
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La maison penchée
Texte de Kathi Appelt, traduit de l'anglais par Jacqueline Odin
Milan, 2010 - 15,90 €
Dans un bayou au fin fond de la Louisiane , deux histoires s'entremêlent, en de très courts chapitres qui alternent.Grand Mère Mocassin, une lamie (animal magique proche du serpent géant qui peut, une seule fois, prendre forme humaine), emprisonnée dans une jarre, attend son heure, avec son ami l'Alligator-Roi. Il y a la petite chatte tachetée, abandonnée, qui va mettre au monde ses deux chatons Sabine et Max auprès d'Anselme, le chien martyrisé de Tête-de-Garpique. Tête-de-Garpique, méchant absolu, homme sans coeur et sans bonté, rien pour rattraper, à l'histoire sordide et à l'âme noire, qui rêve de capturer cet alligator immense qui le nargue.Anselme et la petite chatte se terrent avec les chatons, étrange famille soudée, sous la maison penchée que squatte Tête-de-Garpique, jusqu'à ce que le curieux petit Max provoque une catastrophe...
La langue est merveilleuse dans ce lent roman, et rebutera sans doute quelques lecteurs déstabilisés. On est bercé par le nom des arbres, les descriptions magnifiques de cet univers si particulier du bayou, flou, odorant, humide, traître et luxuriant... L'histoire de la lamie Grand Mère et de sa fille Brune Chantante (belle trouvaille de la traductrice pour Night Song) est en soi un conte merveilleux, amer et âpre. Le destin de Grand Mère s'achève en rejoignant celui de Max, vrai héros du roman, dans une fin haletante.Le méchant est absolu, mais on le prend sans rechigner, car le message de l'auteure semble être du côté du "le mal existe, et en face, il n'y a que l'amour, même si bien souvent ça ne suffit pas".Un livre âpre, très particulier, qui fini quand même un peu bien (j'ai appris que l'auteure avait initialement prévu de faire aussi mourir Anselme, mais s'est ravisée sur les conseils d'un de ses relecteurs pré-édition), sans enrobage autre que celui d'une langue habitée, aux répétitions poétiques et à la richesse hallucinante. Quelques lenteurs, sans doute des défauts, mais l'atmosphère créée est tellement envoûtante et particulière qu'on pardonne!
Primé aux Etats-Unis. |
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Blanches
Texte de Fabrice Melquiot
L'arche, coll. Théâtre jeunesse, 2010 – 7,50 €
Mémé Blanche, la grand-mère de Ouais, âgée de 10 ans, « rêveuse et flegmatique », aime jouer avec sa petite-fille. Que ce soit pour danser et virevolter, jouer au badminton (sans volant) ou pour se raconter des histoires, ce duo affronte le temps qui passe : le temps de la vieillesse, le temps de la vie sans Pépé Lulu mort trois mois auparavant, le temps de l'enfance qui cherche à se construire. Si Mémé Blanche oublie ce qu'elle a fait la veille, converse avec Léon Zitrone et met les photos dans le frigo, c'est que la maladie d'Alzeihmer rôde. Cette imagination en roue libre vient rencontrer celle de Ouais, qui écrit des lettres à son grand-père disparu et qui est prête à tout pour accompagner sa grand-mère. Avec gaieté, humour, et vivacité cette pièce, sous forme de vingt-huit fragments, met en scène la relation de deux personnages tendres et vaillants. Avec finesse et légèreté, Fabrice Melquiot interroge les questions du temps et de la mémoire ; quel est le temps juste, celui de l'instant présent ? Et comment être dans ce présent avec une mémoire défaillante ? |

Livres au trésor – Mise à jour : juillet 2010 |
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