Pour compléter les livres particulièrement appréciés lors des dernières réunions du comité de Livres au trésor, voici quelques titres qui ont retenu l'attention de l'une ou l'autre personne de l'équipe de Livres au trésor.

Des rayures, des flèches
Des ronds, des carrés

Conception et photographies de Jill Hartley
Didier jeunesse, 2009

Avec Tana Hoban, la photographie a fait une entrée majestueuse dans les livres pour les tout-petits. Depuis elle a fait des émules, dans sa façon de traquer l'incongru dans le quotidien, de mettre en correspondance formes et couleurs, de rendre les objets tellement vivants qu'on en croquerait les photos de ses imagiers. Parmi ces émules, Jill Hartley, artiste mexicaine, auteure de ces petits livres en carton, pour lesquels elle s'est livrée à un jeu d'associations de couleurs, mais surtout de formes, avec des photographies saisies sur le vif dans les espaces publics, dans la rue ou sur les murs. Se retrouvent ainsi en regard tout un jeu de lignes ou de flèches, prémices d'histoires à inventer et surtout véritable stimulateur pour l'œil. Une invite à regarder autrement autour de soi.

 

 

La Plus belle fille du monde
Agnès Desarthe - L'école des loisirs, coll. Médium, 2009

Agnès Desarthe annonce la couleur dès la première page : il sera question de littérature et d'écriture. L'héroïne, Sandra, veut être romancière plus tard. D'ailleurs, son livre de chevet est le Roman des origines, origines du roman, de Marthe Robert. L'adolescente précise très vite qu'elle ne l'a pas lu, mais le titre suffit pour l'influencer et l'inciter à réfléchir sur ce qui différencie un roman de la vraie vie : le vrai et le faux, le devoir de vérité ; les accélérations du temps ou les ellipses ; la nécessité ou pas de faire des digressions.

Loin d'être un texte d'analyse littéraire ou un manuel du parfait futur écrivain, La plus belle fille du monde est surtout un joyeux roman sur l'adolescence, dans lequel Sandra se questionne sur l'amour, les adultes, les parents, le lycée, la place des enfants dans la société, la beauté, ou même le langage et la force des mots, tous ces doutes qui surgissent à l'adolescence, des questions profondes et d'autres plus futiles. Sans oublier l'amitié bien sûr. Car avec ses amis, deux filles et un garçon, ils ne se quittent plus depuis la maternelle : les quatre doigts de la main. Arrive alors « l'affaire Liouba Gogol », c'est-à-dire la plus belle fille du monde qui débarque dans sa classe de seconde et bouleverse à son corps défendant, l'équilibre de la petite bande d'amis : une fille drôle, sympathique, mais surtout très belle.

La façon légère, enlevée, fluide de l'auteure pour évoquer tous ces bouleversements de l'adolescence, enchante tout autant que les dialogues truculents et l'écriture imagée qui suit les méandres de la réflexion de Sandra. Tous les personnages, même ceux qui apparaissent furtivement, ont une forte présence. Sandra a la langue bien pendue, ne s'encombre pas de précautions pour exprimer ce qu'elle pense, mais, bien consciente d'écrire pour des lecteurs, prend soin de les ménager. Et si le titre du roman semble s'appliquer à Liouba, l'héroïne du roman est bien évidemment Sandra.

 

L'attrape-rêves
Mon petit cœur imbécile

Xavier-Laurent Petit - L'école des loisirs, coll. Médium et coll. Neuf, 2009

Si les deux romans se déroulent aux deux extrémités de la planète, le premier dans les montagnes au fin fond de l'Amérique et le second dans un pays africain qu'on devine être le Kenya, ils ont aussi en commun d'avoir une fille pour héroïne et narratrice, qui toutes deux affrontent des conditions de vie plutôt rudes. L'Attrape-rêves, dont le titre évoque bien sûr L'Attrape-cœur de Salinger, est nourri de références aux grands auteurs américains tels Jim Harrisson ou Russel Banks. Comme chez ces écrivains, la nature y est omniprésente, la nature rude d'une vallée de montagne, où un petit village vit en quasi autarcie. La jeune héroïne, Louise, qui est à la période où l'on mue vers l'âge adulte, vit seule avec son père, un homme un peu fruste, comme le sont nombre de villageois autour d'elle, réfractaire à tout ce qui vient de la ville ou d'ailleurs. L'équilibre précaire du village est bouleversé par la fermeture de la scierie, l'unique entreprise du coin, et surtout par l'arrivée d'un jeune Indien, pour lequel Louise devra faire des choix. Elle constatera alors que les gens ne sont pas taillés d'un seul bloc, chacun a sa part d'ombre.

Dans
Mon petit cœur imbécile, la petite Masala fait chaque matin le décompte des jours qu'elle a déjà vécus et un jour de plus est un jour de gagné sur la maladie du cœur dont elle est atteinte. D'autant que les chances de pouvoir en guérir sont minces quand on est une famille pauvre d'un village africain. Pas de solution miracle, mais une incroyable volonté chez la mère de Masala, et la solidarité autour d'elle vont leur permettre de gagner sur la maladie.

 

Hansel et Gretel
Texte et illustrations de Lorenzo Mattotti
Gallimard, 2009

On connaît cet illustrateur italien pour la flamboyance de ses couleurs dans ses bandes dessinées, dans ses affiches ou ses livres pour enfants. Or ici, les illustrations sont tout en noir : un noir profond d'encre de Chine traité au pinceau, le noir de la forêt où les branches s'enchevêtrent dans de grandes scènes en gros plans, sur lesquelles les silhouettes des enfants se détachent à peine, comme si ils faisaient corps avec les arbres. Ni détails, ni fioritures : cela confère une grande puissance aux images, qui touchent ainsi l'aspect le plus primaire, inconscient de ce conte de mère dévoratrice. Magistral.

 

Tout va bien Merlin !
Texte et illustrations d'Emmanuelle Houdart
Thierry Magnier, 2009

Merlin s'inquiète ! De page en page, alors que l'illustration laisse apercevoir de drôles de personnages, le petit garçon interroge : mais qui a pris mon biberon ? mais qui joue avec mes cubes ? Il suffit de tourner la page et la frayeur est vite calmée : «Tout va bien Merlin, c'est la sirène aux douces mains. Tout va bien Merlin, c'est un dragon vraiment malin.» Construit sur un jeu de questions réponses très simples, à partir des angoisses de la petite enfance, que l'album désamorce avec humour et jovialité. Les monstres et chimères si caractéristiques de l'univers de l'illustratrice, aux élégants costumes aux couleurs pétantes, rose fushia, jaune d'or, safran, ont l'air bonhomme et bienveillant, prêts à jouer avec le petit Merlin, malgré leur encombrement certain dans le lit ou la baignoire.

 

 


 

 

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